Tesgrandes attentions et ta disponibilitĂ© ont Ă©tĂ© une aide prĂ©cieuse pour moi. Par ces quelques mots d’amitiĂ© je tiens Ă  t’exprimer ma gratitude et ma reconnaissance sans failles. Que ce sincĂšre message de remerciement te dise combien je te suis reconnaissant et combien tu es placĂ© haut sur l’échelle de mon estime personnelle. À travers les mots & Entre les mots". 4,12,420 à€Șà€žà€‚à€Š · 63,279 à€‡à€ž à€Źà€Ÿà€°à„‡ à€źà„‡à€‚ à€Źà€Ÿà€€ à€•à€° à€°à€čà„‡ à€čà„ˆà€‚. Les mots sont la plus belle conquĂȘte de l’homme. Ils nourrissent notre quotidien, enrichissent notre pensĂ©e UnpoĂšme est formĂ© de vers. Ces vers se divisent en plusieurs types, selon le nombre de vers : le distique (2 vers), le tercet (3 vers), le quatrain (4 vers), le quintil (5 vers), le sizain (6 vers), le septain (7 vers), le huitain (8 vers) et le dizain (10 vers). Des formes de poĂ©sie se basant sur ces formes fixes ont traversĂ© les Ă©poques Ilest difficile de trouver le mot racine exact. Cependant, le mot moderne "Ă  travers" a Ă©tĂ© utilisĂ© pour la premiĂšre fois en 1300. RĂ©sumĂ©: 1. Les mots “à travers” et “à travers” Introduction: Tout d’abord, les banlieues sont gĂ©nĂ©ralement un ensemble d’agglomĂ©ration qui entoure une ville et qui participe Ă  son activitĂ©. Aujourd'hui, dans les mĂ©dias ce mot dĂ©signe les quartiers difficiles, pauvres (on parle de « problĂšme de banlieue »). Le mot ne se limite donc pas Ă  un dĂ©coupage administratif. RobinsonCrusoĂ© Ă  travers les siĂšcles. L'OEIL DU PHILOSOPHE. PubliĂ©es il y a bientĂŽt trois cents ans, les aventures de Robinson CrusoĂ© incarnent de maniĂšre inĂ©puisable les relations entre lljH811. RĂ©sumĂ© Plan Texte Notes Citation Auteurs RĂ©sumĂ©s Cet article prend appui, en en dĂ©veloppant les principales orientations, sur un programme consacrĂ© aux mots de la ville » la ville en tant qu’entitĂ© et les territoires qui la composent. Il s’agit d’identifier, dans diffĂ©rentes aires linguistiques, langues administrantes » d’une part, façons de parler ordinaires d’autre part, et leurs relations, en observant notamment les migrations de termes d’un groupe de locuteurs Ă  l’autre, les changements de sens ou de forme qui les accompagnent et, ainsi, la constitution et les changements de la langue commune. Et de repĂ©rer les systĂšmes classificatoires qui organisent les lexiques, qui se confrontent et qui se transforment. Il est possible de suivre, Ă  travers le temps, des aventures de mots », et de comparer des systĂšmes contemporains ou successifs Ă  partir de corpus homogĂšnes. Parmi les situations qui nourrissent la rĂ©flexion comparative, en permettant de dĂ©gager ce que certains processus ont de singulier ou au contraire de commun, les cas de rĂ©forme rĂ©forme de la ville et celle de ses mots sont particuliĂšrement Ă©clairants. This article develops the main orientations of a programme devoted to the “words of the City” the City as an entity and the territories that constitute it. It is concerned on the one hand, with identifying languages of administration in the different linguistic spaces and on the other, with ordinary ways of talking and their relationship. It particularly observes migrations of terms from one group of speakers to another, the changes of meaning or form which accompany them and thus the constitution and transformation of the common language. It is also concerned with identifying classificatory systems which organise the vocabularies, confront each other and are transformed. It is possible through time to trace the adventure of words and compare contemporary or successive systems from homogeneous corpuses. Among the situations which foster comparative reflection while allowing us to separate that which is particular to certain processes or on the contrary which is common, the cases of reform reform of the City and of its words are particularly de page Texte intĂ©gral 1 PilotĂ© par le PIR-Villes du CNRS et le programme MOST de l’Unesco, le programme Les mots de la vi ... 1Approcher les villes par les mots qui les dĂ©signent et en dĂ©signent les diffĂ©rentes parties ? Depuis fort longtemps, voyageurs et ethnologues, gĂ©ographes et historiens, lexicographes et linguistes ont recueilli des mots de la ville ». Des trĂ©sors ont Ă©tĂ© ainsi rassemblĂ©s, le plus souvent de maniĂšre dispersĂ©e et en marge d’autres prĂ©occupations. Il est rare qu’ils soient mis Ă  profit autrement que pour dresser des listes assorties de dĂ©finitions. L’observateur parfois s’attache Ă  la langue, sa richesse, son Ă©volution, ses particularitĂ©s et guĂšre aux objets du discours. Parfois, Ă  l’inverse, l’attention porte sur ceux-ci et l’on a tĂŽt fait de postuler que les mots dĂ©signent simplement des choses qui sont lĂ  avant d’ĂȘtre nommĂ©es. Il est possible, cependant, de regarder les systĂšmes lexicaux comme des traces et des vecteurs de dynamiques sociales qui s’inscrivent Ă  la fois dans la ville et dans le langage. Les rĂ©flexions que nous prĂ©sentons ici prennent appui sur un programme de recherche, Les mots de la ville », qui s’aventure sur ce chemin et dont elles dĂ©veloppent les principales orientations1. Un Ă©tat des lieux 2 R. Barthes, SĂ©miologie et urbanisme », in L’aventure sĂ©miologique, Paris, Seuil, 1985, p. 261. Cf ... 2L’idĂ©e, tout hugolienne, que la ville est un livre ouvert et son espace une sorte de langage, ou d’écriture, est familiĂšre. Roland Barthes l’avait ravivĂ©e Ă  la fin des annĂ©es soixante, mais son propos Ă©tait sans doute trop gĂ©nĂ©ral pour constituer un vĂ©ritable programme de travail. Se dĂ©finissant lui-mĂȘme comme un amateur, amateur de signes, celui qui aime les signes, amateur de villes, celui qui aime la ville », il insistait notamment sur l’intĂ©rĂȘt d’en multiplier les lectures2. 3 On trouvera des rĂ©flexions sur l’état du champ, qui incluent un retour sur des recherches plus anci ... 4 Cf. notamment les travaux de J. Castex et P. Panerai en particulier in SĂ©miotique de l’espace, Par ... 5 À l’échelle de la ville, R. Ledrut a soulignĂ© la difficultĂ© d’une entreprise sĂ©miologique Les imag ... 3De nombreuses recherches, parfois inspirĂ©es de Greimas ou Umberto Eco, qui considĂšrent l’espace comme un langage non verbal, aprĂšs une pĂ©riode d’engouement, sont tombĂ©es dans l’oubli, voire la dĂ©prĂ©ciation. Cela ne doit pas en occulter l’intĂ©rĂȘt, au moins mĂ©thodologique3. L’échelle qu’elles ont retenue est plutĂŽt celle des bĂątiments, dont elles dĂ©composaient les Ă©lĂ©ments pour en identifier les niveaux de signification et en dĂ©gager les articulations. Ce courant a Ă©galement suscitĂ© une approche syntaxique » de l’espace bĂąti, considĂ©rĂ© du point de vue de la matĂ©rialitĂ© de ses formes et des formes de sa matĂ©rialitĂ©4, en somme une approche structurale se situant au seul plan des signifiants. Il ne s’agit plus dans ce cas d’une sĂ©miotique Ă  proprement parler qui Ă  l’échelle de la ville5, doit aussi s’intĂ©resser Ă  la production et Ă  la lecture du sens. 6 La formule est de E. NoĂ«l, in E. NoĂ«l et G. Minot, eds, L’espace et le temps aujourd’hui, Paris, Se ... 7 F. de Dainville, Le langage des gĂ©ographes, Paris, Picard, 1964. 8 Mythe et pensĂ©e chez les Grecs, Paris, Maspero, 1965. 9 Cf. la synthĂšse de Calvet, Les voix de la ville. Introduction Ă  la sociolinguistique urbaine, ... 10 À propos de la notion de malentendu, cf. plus particuliĂšrement J. Gumperz, Engager la conversation. ... 4La vague sĂ©miotique des annĂ©es soixante et soixante-dix a peut-ĂȘtre eu pour effet que l’on mĂ©connaisse d’autres recherches, menĂ©es dans le domaine de la linguistique entendue dans un sens non analogique. Des approches diverses ont en commun de s’intĂ©resser Ă  la maniĂšre dont le langage ordonne, informe l’espace, ou Ă  la langue en tant qu’elle est aux prises avec l’espace et le temps6 », avec les relations qu’entretiennent mĂ©moire et territoires. La dialectologie, la socio ou l’ethnolinguistique, et la sĂ©mantique identifient des champs au sein desquels les mots jouent » en s’appliquant Ă  des toponymes, Ă  des dĂ©nominations, Ă  des catĂ©gories, en traitant des matĂ©riaux divers, comme des corpus cartographiques7 ou des mythes – que l’on pense aux travaux fondateurs de Jean-Pierre Vernant8. Elles ne s’intĂ©ressent pas seulement aux mots de l’espace, aux dĂ©nominations, mais aussi aux façons distinctives de parler dans l’espace9 la ville est constituĂ©e de territoires dont les limites sont plus ou moins nettes, plus ou moins permĂ©ables ou Ă©tanches, stables ou plastiques, oĂč les identitĂ©s religieuses, culturelles, sociales s’expriment, se rĂ©vĂšlent, s’affichent, se trahissent, ou se dissimulent, et interagissent. Les topographies qui se dessinent de la sorte, que l’on cartographie dans des atlas, rendent compte de la diversitĂ© linguistique qui se manifeste Ă  l’échelle de groupes larges. Mais cette diversitĂ© s’observe Ă©galement Ă  l’intĂ©rieur d’entitĂ©s plus restreintes, comme une famille, ou encore chez un locuteur qui peut recourir Ă  plusieurs registres en les combinant dans un mĂȘme Ă©noncĂ©, ou en y faisant appel au grĂ© des situations sociales et spatiales auxquelles il est confrontĂ© et selon les positions qu’il occupe ou prĂ©tend occuper, en ajustant avec plus ou moins de talent » ou d’efficacitĂ© sa maniĂšre de parler. En tentant de conjurer l’imprĂ©vu et les risques de malentendu10. 11 M. de Certeau, L’invention du quotidien, Paris, UGE, 1980, vol. 1, Arts de faire, p. 138. 5Il convient d’évoquer aussi les recueils lexicaux qui ont Ă©tĂ© Ă©tablis, Ă  partir de traditions orales, de tĂ©moignages, de corpus Ă©crits et, plus particuliĂšrement, Ă  partir de la littĂ©rature, considĂ©rĂ©e comme un conservatoire des virtuositĂ©s quotidiennes » dont la science ne sait que faire et qui deviennent, bien reconnaissables par les lecteurs, les signatures des micro-histoires de tout le monde11 ». Ils constituent un patrimoine et sauvegardent des parlers menacĂ©s, ils mettent au jour des couches de significations oubliĂ©es. 12 É. Durkheim, Les formes Ă©lĂ©mentaires de la vie religieuse [1912], Paris, Presses universitaires de ... 6Selon une formule de Durkheim, l’espace ne saurait ĂȘtre lui-mĂȘme si, tout comme le temps, il n’était divisĂ© et diffĂ©renciĂ©12 ». Qu’il soit qualifiĂ© indirectement, par la maniĂšre dont on parle dans la ville, ou directement par les mots qui le nomment, le surnomment, le commentent, aux diverses Ă©chelles oĂč il est apprĂ©hendĂ© par l’analyse ou par l’usage quotidien, l’espace est structurĂ© par des diffĂ©rences pratiques et symboliques. Celles qu’institue le langage relĂšveraient, dans le vocabulaire durkheimien, des reprĂ©sentations collectives » ou, dans celui des premiĂšres Annales, de l’ outillage mental ». Toutefois, si l’on suspend la convention de l’analyse synchronique ou – ce qui revient au mĂȘme pour ce qui nous intĂ©resse ici – de la longue durĂ©e », on est conduit Ă  interroger les processus qui produisent et modifient ces formalisations du social. On s’aperçoit alors qu’elles ne sont ni aussi partagĂ©es, ni aussi stables qu’on pourrait le croire. 7S’agissant d’espaces, d’identitĂ©s collectives ou d’institutions, lorsque la langue dĂ©signe des objets », en leur confĂ©rant du sens elle les constitue. L’assignation du nom distingue et regroupe, ordonne et qualifie. Or, l’accord sur ces points est rien moins qu’assurĂ©. Dans des sociĂ©tĂ©s diffĂ©renciĂ©es et hiĂ©rarchisĂ©es de multiples façons, les individus viennent au monde social dotĂ©s de schĂšmes classificatoires diffĂ©rents. Ceux-ci relĂšvent de l’évidence pratique, de postures et de regards qui s’expriment autant dans des façons de faire que dans des façons de dire. Ils permettent Ă  chacun de donner sens Ă  l’espace social et Ă  sa propre position au sein de celui-ci, mais aussi d’organiser ses conduites au mieux des ressources dont il dispose et de ce qu’il conçoit comme ses intĂ©rĂȘts. La reproduction d’un ordre social quelconque tolĂšre fort bien de multiples dĂ©calages entre les schĂšmes classificatoires propres aux diffĂ©rentes positions qui s’y inscrivent, mais elle implique aussi que certains de ces schĂšmes soient l’objet d’un accord suffisamment gĂ©nĂ©ral pour faire tenir l’ordre dans le registre symbolique. Ce sont ces systĂšmes de classement communs qui sont objectivĂ©s dans des institutions et dans une langue officielle, seule lĂ©gitime, qui est, dans les sociĂ©tĂ©s modernes », la langue nationale. 13 Évoquons seulement, dans cette orientation de recherche L. Boltanski, Les cadres. La formation d’ ... 14 De telles propositions furent notamment au principe d’un renouveau de l’histoire urbaine en France. ... 8Depuis une quinzaine d’annĂ©es, des travaux s’attachent Ă  mettre au jour les luttes de classement » – pour reprendre le vocabulaire de P. Bourdieu – qui sont au principe de la dynamique et de l’éventuelle intelligibilitĂ© des classifications relevant du sens que l’on suppose commun dans une sociĂ©tĂ© donnĂ©e13 on sait mieux dĂ©sormais que le langage est vecteur aussi bien qu’indice des conflits et de leurs issues. Ces recherches permettent d’inscrire les systĂšmes lexicaux et leurs changements dans des processus sociaux oĂč les reprĂ©sentations » sont constitutives de la rĂ©alitĂ© ». Elles ne sont plus en effet regardĂ©es comme des redoublements objectifs science, intĂ©ressĂ©s idĂ©ologie ou arbitraires culture d’un monde social qui serait lĂ  objectivement », mais comme des formes de l’expĂ©rience de celui-ci en mĂȘme temps que des moyens pour le changer14. DĂšs lors, les processus classificatoires peuvent ĂȘtre Ă©tudiĂ©s dans de multiples dimensions dont il importe d’observer les relations ils relĂšvent de la pratique et de ses Ă©lĂ©ments matĂ©riels autant que de la symbolisation langagiĂšre, ils impliquent des conflits rĂ©glĂ©s autant que des consensus sociĂ©taux, ils engagent des mises en ordre institutionnelles autant que des assignations de sens locales et fugitives. Langues multiples, langue commune 15 Nous empruntons cette distinction Ă  Milner, in E. NoĂ«l et G. Minot, eds, L’espace et le temps ... 9D’une part une langue administrante », dont la visĂ©e est organisatrice, d’autre part des façons de parler ordinaires, quotidiennes. Deux polaritĂ©s auxquelles correspondent deux types de balisage l’un qui privilĂ©gie les positions relatives des objets les uns par rapport aux autres », et oĂč le sujet n’intervient pas de façon centrale », l’autre qui au contraire implique, pour le locuteur, une nĂ©gociation du sens des mots en fonction des situations oĂč il les prononce15. Du vocabulaire des institutions et des acteurs, professionnels de l’amĂ©nagement, politiques et savants, qui entendent lĂ©gifĂ©rer dans le domaine des mots de la ville, aux lexiques, diversement spĂ©cialisĂ©s, des diffĂ©rentes catĂ©gories de la population, il existe, Ă  un moment donnĂ© de l’histoire, au sein d’une mĂȘme langue, une pluralitĂ© de registres, dont les Ă©carts sont des marqueurs de distances sociales et des indices de conflits sur l’assignation du sens. 10Le point de vue s’enrichit encore si l’on prend en compte la pluralitĂ© des langues. L’axiome qui nous guide dans une entreprise collective portant sur plusieurs aires linguistiques est simple Ă  Ă©noncer chaque langue dĂ©coupe les rĂ©alitĂ©s, urbaines en l’occurrence, de façon spĂ©cifique et, par consĂ©quent, un glossaire universel assurant des Ă©quivalences terme Ă  terme est un non-sens. Il faut comparer des systĂšmes et non postuler des correspondances entre Ă©lĂ©ments. Ce que l’on peut tenir pour une Ă©vidence scientifique se heurte, bien entendu, Ă  une autre, pratique depuis la nuit des temps, le commerce entre groupes linguistiques s’accompagne de traductions. Ce paradoxe classique offre Ă  l’enquĂȘte sur les mots de la ville » de nouveaux objets. 16 M. Bloch, Apologie pour l’histoire ou le mĂ©tier d’historien [1949], Paris, Armand Colin, 1993, p. 1 ... 11Une remarque ici s’impose, dont nous emprunterons la formulation Ă  Marc Bloch. S’interrogeant sur la traduction et relevant que de nombreuses sociĂ©tĂ©s connaissent un bilinguisme hiĂ©rarchique », il avance Cette opposition de deux langues, forcĂ©ment diffĂ©rentes, ne figure, en vĂ©ritĂ©, que le cas limite de contrastes communs Ă  toutes les sociĂ©tĂ©s. Jusque dans les nations les plus unifiĂ©es, comme la nĂŽtre, chaque petite collectivitĂ© professionnelle, chaque groupe caractĂ©risĂ© par la culture ou la fortune possĂšde son systĂšme d’expression particulier16. » En effet, la pluralitĂ© des registres de langues dans une mĂȘme sociĂ©tĂ© urbaine oĂč l’on parle en principe une seule langue nationale entraĂźne des phĂ©nomĂšnes analogues, bien que moins apparents, Ă  ceux que l’on observe dans les villes, nombreuses, oĂč existe effectivement un bilinguisme ou un plurilinguisme, ou bien dans les situations de contact entre langues nationales. Dans tous ces cas, les parlers ou les langues doivent communiquer et les solutions Ă  ce problĂšme seront marquĂ©es par une nĂ©gociation inĂ©gale entre les locuteurs. 12Il n’est donc pas surprenant que l’idĂ©e d’un glossaire universel se double gĂ©nĂ©ralement de la croyance que, dans chaque aire linguistique, un langage noble, technique ou savant serait le langage de tous ou, du moins, le seul lĂ©gitime. Elle postule aussi que, dans les relations entre aires linguistiques ou pays, une langue vĂ©hiculaire, c’est-Ă -dire dominante, puisse ĂȘtre une lingua franca. Dans les administrations des Empires et dans les situations coloniales, la langue vĂ©hiculaire sera gĂ©nĂ©ralement celle de la Puissance centrale ou, du moins, de sa classe dominante. Mais en Europe, dans les rapports entre États-nations, avec l’éclatement des aristocraties francophones et la montĂ©e de nouvelles bourgeoisies, la question se pose dans des termes diffĂ©rents sur fond de concurrence des langues, celle de la nation internationalement dominante tendra Ă  s’imposer soit comme langue vĂ©hiculaire obligĂ©e, soit comme langue de rĂ©fĂ©rence Ă  partir de laquelle seront Ă©tablies les Ă©quivalences. On sait que le français pouvait avoir encore cette prĂ©tention au dĂ©but du xxe siĂšcle et qu’il a Ă©tĂ© remplacĂ© dans ce rĂŽle par l’anglais amĂ©ricain, au moins depuis la Seconde Guerre mondiale. 13Ce qui nous intĂ©resse ici, c’est la quĂȘte d’une langue de rĂ©fĂ©rence commune aux spĂ©cialistes de l’amĂ©nagement urbain lorsque se dĂ©veloppent et s’institutionnalisent des courants d’échanges internationaux qui imposent de pratiquer couramment la traduction – Ă  la fois impossible » et nĂ©cessaire – ou le bilinguisme. Le phĂ©nomĂšne prend sans doute sa forme moderne au xixe siĂšcle. Le commerce et la science sont alors conçus comme porteurs d’une exigence de communication universelle qui se manifeste par l’intensitĂ© croissante des relations internationales dans les milieux industriels, scientifiques et rĂ©formateurs. À partir de 1850, les expositions universelles » rĂ©solvent le problĂšme Ă  leur maniĂšre en adoptant sans Ă©moi la langue du pays organisateur, et la plupart des congrĂšs internationaux font de mĂȘme. Mais, stimulĂ©es par les unes et par les autres, des relations permanentes s’instaurent entre spĂ©cialistes de diffĂ©rents domaines de la connaissance et de l’action et les associations internationales se multiplient. 17 Cf. E. Brian, Y a-t-il un objet “CongrĂšs” ? Le cas du CongrĂšs international de statistique 1853- ... 18 P. Du Maroussem, L’union internationale des enquĂȘtes Ă©conomiques et sociales », Revue d’Économie ... 14On observe qu’une part importante, parfois essentielle, de leur activitĂ©, consiste prĂ©cisĂ©ment Ă  Ă©tablir un langage commun normalisĂ© qui assure l’équivalence des catĂ©gories permettant de dĂ©crire le monde et, du mĂȘme coup, leur traduction univoque dans les diverses langues de leurs membres. Exemple bien connu, l’Institut international de statistique, créé en 1885, travaille opiniĂątrement Ă  dĂ©finir les cadres uniformes d’une observation statistique universelle autorisant la comparaison17. Le mĂȘme projet est exprimĂ© en 1900 par l’Union internationale des enquĂȘtes Ă©conomiques et sociales, tentative sans grand lendemain de constituer un Office international du commerce » Ă  l’image de l’Office international du travail de BĂąle, qui constituera aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale le noyau du Bureau international du travail. Un des promoteurs de l’initiative constate que, lorsqu’un gouvernement envoie Ă  l’étranger un enquĂȘteur recueillir des renseignements sur des questions Ă©conomiques et sociales, les difficultĂ©s sont encore plus grandes que dans les enquĂȘtes nationales Ici, ce n’est plus seulement une transplantation partielle qu’il faut subir ce sont des argots et des patois nouveaux, des mĂ©fiances, des malentendus, des hostilitĂ©s mĂȘme dĂ©clarĂ©es. » Avec l’Union proposĂ©e, on se mettra d’accord sur les mots Les termes usitĂ©s sont dĂ©finis et forment une sorte de vocabulaire international qui dĂ©termine les Ă©quivalences. » Ensuite, des spĂ©cialistes autorisĂ©s seront prĂȘts Ă  rĂ©pondre Ă  toutes les demandes venues de l’étranger. Le principe chacun son pays, chacun sa langue, dĂ©joue la plupart des causes de retard et de mĂ©comptes. » L’enquĂȘte faite, le travail de traduction s’opĂšre alors18 ». 15Cette conviction ancienne restera au fondement des tentatives rĂ©pĂ©tĂ©es des organisations intergouvernementales de la SociĂ©tĂ© des Nations, puis de l’Organisation des Nations Unies pour produire, dans leurs diffĂ©rents domaines d’activitĂ©, le vocabulaire international » dont elles estiment avoir besoin. Des situations de mĂȘme type sont observables dans les institutions de l’Union europĂ©enne et dans des pays Ă  bilinguisme officiel. Des enquĂȘtes sur les mots de la ville dans ces diffĂ©rents contextes et, plus largement, sur les traductions de textes administratifs, techniques ou savants permettraient d’identifier les solutions successivement retenues et leurs implications Ă  la fois sur l’échange international et sur les diffĂ©rentes langues. Approches 16Interroger ainsi les lexiques conduit Ă  faire appel Ă  des mĂ©thodes et traditions disciplinaires diverses tout en s’efforçant de rĂ©unir les conditions d’une confrontation utile des enquĂȘtes et de leurs rĂ©sultats. 17Si ce n’est pas ici le lieu d’exposer les dispositifs pratiques que nous mettons en place pour permettre le dĂ©veloppement d’une telle entreprise collective, nous pouvons toutefois indiquer ce qu’il nous est permis d’espĂ©rer. Ce qui rend Ă  nos yeux le projet plausible, c’est une conjoncture intellectuelle, relativement synchrone dans plusieurs disciplines des sciences sociales et dans divers pays, qui transforme en objet d’enquĂȘte les catĂ©gories savantes elles-mĂȘmes et leurs relations avec les catĂ©gories communes. Cette attitude renouvelle l’épistĂ©mologie des disciplines en faisant l’histoire et la sociologie de leurs institutions, de leurs pratiques et de leurs concepts. Elle dĂ©signe Ă  l’attention des chercheurs un vaste domaine d’investigation oĂč ils sont eux-mĂȘmes inclus les langages organisateurs du social. Elle crĂ©e le dĂ©placement infime qui permet dĂ©sormais Ă  de nombreuses recherches sur les villes de prendre le temps d’ĂȘtre attentives aux langages des acteurs avant de forger, si elles le souhaitent encore, les bons concepts qui leur permettront de dire le vrai. 19 M. Bloch, Apologie pour l’histoire ou le mĂ©tier d’historien, op. cit., p. 167, 168, 170 et 168. 18La question des mots de la description dans les sciences sociales est Ă©videmment ancienne. Pour n’évoquer qu’une tradition proche, M. Bloch s’est longuement interrogĂ© sur le problĂšme fondamental de la nomenclature » que soulĂšve la pratique de l’historien19. Celui-ci doit-il reproduire ou calquer la terminologie du passĂ© » ou bien effectuer son propre travail de classement » tout en Ă©vitant l’anachronisme ? Comment peut-il transposer des termes d’une autre langue dans la sienne, entreprise grosse de pĂ©rils » ? Que faire du vocabulaire des documents alors que ceux-ci ne livrent que le langage des lettrĂ©s ? De telles questions sont exactement celles que rencontre une recherche sur les mots de la ville ». Et cependant, l’intention qui leur donne sens n’est plus la mĂȘme. M. Bloch visait Ă  retrouver la rĂ©alitĂ© » Ă  travers et malgrĂ© les variations des terminologies d’époque et en dĂ©pit des dĂ©calages entre les changements des choses » et les changements des noms ». Il cherchait du mĂȘme coup Ă  produire des nomenclatures scientifiques qui dĂ©crivent les choses sans les trahir. Notre propos est diffĂ©rent il est de prendre les classements des acteurs, dans toute leur variĂ©tĂ©, comme un aspect de la rĂ©alitĂ© » elle-mĂȘme. Nous pouvons ainsi faire l’économie de la question d’un rĂ©fĂ©rentiel » qui devrait ĂȘtre Ă©noncĂ© dans d’autres mots que ceux que nous recueillons. 19Il s’agit donc de constituer des corpus qui permettent de restituer, pour des groupes relativement homogĂšnes de locuteurs et dans des points particuliers du temps et de l’espace, des usages. Il s’agit aussi d’observer les migrations de termes d’un groupe de locuteurs Ă  l’autre, les changements de sens ou de forme qui les accompagnent et, ainsi, la formation et les changements de la langue commune. Il s’agit, enfin, de repĂ©rer les systĂšmes classificatoires qui organisent Ă  chaque moment les lexiques, qui se confrontent et qui se transforment. L’enquĂȘte porte d’abord sur deux champs sĂ©mantiques limitĂ©s d’une part, les lexiques qui apprĂ©hendent la ville en tant qu’entitĂ© dĂ©signations gĂ©nĂ©riques ou classificatoires des villes, d’autre part, ceux qui nomment les territoires qui composent la ville en particulier les unitĂ©s prenant place entre la sphĂšre domestique et la ville dans son ensemble. 20L’entreprise n’est pas trop difficile, bien que terriblement laborieuse, pour ce qui est des lexiques administratifs, techniques ou savants. Ceux-ci sont importants pour notre projet car, d’une façon ou d’une autre, ils vont s’inscrire dans des institutions et des espaces bĂątis qui constituent le cadre de la vie quotidienne des populations. Les citadins, dans leur diversitĂ© sociale, seront donc confrontĂ©s Ă  une terminologie officielle qu’ils pourront adopter ou refuser, le plus souvent transformer ou dĂ©tourner. Les migrations du lexique administratif dans les parlers communs sont constantes et rĂ©servent bien des surprises. Du jargon de la loi fonciĂšre française de 1957 qui instituait les zones Ă  urbaniser en prioritĂ© » au tu habites la zup ? » d’aujourd’hui, du lexique des fonctionnaires de la Works Project Administration du New Deal amĂ©ricain au this is not a project » de ceux qui, un demi-siĂšcle plus tard, ne veulent surtout pas apparaĂźtre comme habitant un logement municipal, sont intervenus Ă  la fois un emprunt et un changement de sens. Un cas mĂ©ritant attention, en français, est celui des mots zone », zoner », zonard », transformations rĂ©centes de la zone » et zonier » qui, eux-mĂȘmes, rĂ©interprĂ©taient la zone non aedificandi » instaurĂ©e en 1841 en mĂȘme temps que la nouvelle enceinte de Paris. D’autres vocables bureaucratiques, en revanche, ne se sont pas imposĂ©s et restent donc cantonnĂ©s dans les sphĂšres qui les ont produits les boros qui divisent New York n’ont sans doute que des noms propres pour les habitants, les districts » ou communautĂ©s urbaines » françaises sont probablement des notions exotiques pour ceux qui y vivent. 21La circulation de vocabulaire entre le monde politico-administratif et celui des techniciens et savants – ingĂ©nieurs, statisticiens, gĂ©ographes ou sociologues, notamment – est aussi un phĂ©nomĂšne Ă  explorer car, non seulement il contribue Ă  façonner les mots de la ville, mais il est aussi un rĂ©vĂ©lateur des rapports entre ces ordres de pratiques. Dans quelles circonstances des catĂ©gories d’origine purement administrative se solidifient en concepts » dans les disciplines des sciences sociales ? À l’inverse, par quels processus le monde savant fournit-il parfois le langage qui va permettre au monde politique et aux faiseurs d’opinion de mettre en forme des situations de trouble de l’ordre social comme des problĂšmes urbains » ? The inner-city problem » aux États-Unis dans les annĂ©es cinquante et 1960 et ses transformations ultĂ©rieures, le problĂšme des banlieues » en France dans les annĂ©es quatre-vingt et quatre-vingt-dix peuvent ainsi ĂȘtre Ă©tudiĂ©s comme ce qu’ils sont d’abord des faits de langage. 22Les registres de langue que l’on vient d’évoquer sont accessibles dans des corpus Ă©crits, gĂ©nĂ©ralement imprimĂ©s, qui posent surtout le problĂšme de leur extrĂȘme abondance. En revanche les parlers communs requiĂšrent des enquĂȘtes spĂ©cifiques, oĂč l’écoute et l’enregistrement en situation sont privilĂ©giĂ©s. Pour exploiter les corpus ainsi constituĂ©s, il est nĂ©cessaire de les soumettre Ă  des opĂ©rations de transcription qui restituent, non seulement la syntaxe, mais Ă©ventuellement les caractĂšres prosodiques de la parole recueillie, et dont l’oralitĂ© doit ĂȘtre sauvegardĂ©e dans le passage Ă  l’écrit. Lorsqu’il y a diglossie, il arrive que le chercheur rencontre un obstacle qui n’est pas d’ordre mĂ©thodologique. Il tient Ă  une conception selon laquelle le parler n’a pas la lĂ©gitimitĂ© d’une langue et ne saurait ĂȘtre Ă©crit, seule la langue lĂ©gitime – voire sacrĂ©e, lorsqu’elle est celle de la RĂ©vĂ©lation – Ă©tant digne de l’ĂȘtre. 20 L. Febvre, Civilisation. Évolution d’un mot et d’un groupe d’idĂ©es », in PremiĂšre Semaine interna ... 21 II poursuit, dans une direction qui n’est pas la nĂŽtre mĂȘme si la chose avait prĂ©cĂ©dĂ© ; car il ... 23À l’aide de ces diverses sources orales et Ă©crites, il est possible de produire divers rĂ©sultats. Mentionnons seulement deux des genres que l’on peut retenir pour la conduite de l’enquĂȘte et la restitution de ses trouvailles. L’un est ce que nous appellerions volontiers les aventures de mots », rĂ©cits qui s’efforcent de reconstituer, en voyageant entre divers univers de locuteurs pendant des pĂ©riodes suffisamment longues, l’émergence d’un mot, ses changements d’acception et d’usage, les concurrents qu’il rencontre, transforme, Ă©limine ou, Ă  l’inverse, qui entraĂźnent sa disparition. L’exercice est classique et L. Febvre, qui s’y est essayĂ©, nous rassure Faire l’histoire d’un mot, ce n’est jamais perdre sa peine20. » M. Bloch invite aussi Ă  pratiquer cette sĂ©mantique historique » dont il trouve d’ admirables modĂšles » chez Fustel de Coulanges, et prĂ©cise L’avĂšnement du nom est toujours un grand fait en histoire21. » Bien entendu, les risques de l’entreprise sont multiples, notamment nĂ©gliger les systĂšmes dans lesquels le terme qui nous intĂ©resse prend sens, ne pas apercevoir des analogues ou concurrents importants, ignorer les usages qui n’ont pas laissĂ© de traces Ă©crites. Mais les profits ne sont pas moindres les aventures de mots permettent de travailler d’emblĂ©e sur les interactions entre registres et de repĂ©rer les dates et les lieux des innovations et, de cette façon, les contextes sociaux dans lesquels le langage se transforme. 22 Sur les dĂ©finitions des dictionnaires, cf. B. Quemada, Les dictionnaires du français moderne, 1539- ... 23 A. FuretiĂšre, Dictionnaire universel, contenant gĂ©nĂ©ralement tous les mots français tant vieux que ... 24Un autre genre tout aussi classique, mais plutĂŽt pour les linguistes que pour les historiens, est l’analyse synchronique des systĂšmes dans un champ lexical dĂ©fini, qui s’ouvre ensuite sur la comparaison entre systĂšmes contemporains ou successifs. L’enquĂȘte est ici trĂšs diffĂ©rente de la prĂ©cĂ©dente la recherche s’attachant exclusivement aux relations entre Ă©lĂ©ments, l’homogĂ©nĂ©itĂ© et la simultanĂ©itĂ© du corpus sont fondamentales. Une telle mĂ©thode est particuliĂšrement pertinente lorsque les occurrences rencontrĂ©es prennent ou se voient donner la forme de dĂ©finitions qui prĂ©sentent les propriĂ©tĂ©s logiques d’une classification. Les corpus de nature juridique ou les traitĂ©s d’administration se prĂȘtent aisĂ©ment Ă  de telles analyses. Il en est de mĂȘme des dictionnaires de langue, spĂ©cialement ceux dont les auteurs ont adoptĂ© la philosophie de la dĂ©finition parfaite », c’est-Ă -dire par le genre et les traits spĂ©cifiques22. Voyons quelques adresses dans celui de FuretiĂšre, publiĂ© en 169023 BOURG. Habitation de peuple qui tient le milieu entre la ville et le village. Quelques-uns le restraignent aux lieux qui ne font fermez ni de murs, ni de fossez. [
] » Faus-bourg. Habitation de peuple attenant les portes d’une ville. [
] » Bourgade. Diminutif de bourg. » CITÉ. Ville fermĂ©e de murs. [
] Ce mot ne se dit proprement que des villes Ă©piscopales. [
] » Quartier, signifie aussi un certain canton ou division d’une ville. » VILLAGE. Habitation de paysans qui n’est point fermĂ©e de murs, & qui a d’ordinaire une Paroisse. [
] » VILLE. Habitation d’un peuple assez nombreux, qui est ordinairement fermĂ©e de murailles. [
] Ville signifie quelquefois une partie d’une grande ville. La vieille ville, la ville neuve. À Paris il y a Ville, CitĂ© & UniversitĂ©. » 24 Perrot, GenĂšse d’une ville moderne
, p. 28-51. 25Pour les mots retenus ici – aux seules fins d’illustration – deux dĂ©finisseurs emboĂźtĂ©s habitation de peuple » et ville » et un petit nombre de marques spĂ©cifiques le nombre, les murs, l’évĂȘchĂ©, la paroisse, la division dĂ©terminent un systĂšme qui fait de ville », bourg », faus-bourg » et village » des espĂšces du mĂȘme genre, comme par ailleurs ville » dans une seconde acception et quartier », tandis que citĂ© » apparaĂźt comme une modalitĂ© de ville ». Cette hiĂ©rarchisation insolite des catĂ©gories spatiales, repĂ©rable en France Ă  la veille d’une crise des dĂ©finitions urbaines24», appellerait une comparaison avec celle que l’on observe dans d’autres dictionnaires ou documents analogues pour d’autres langues ou d’autres pĂ©riodes. Situations 26Si l’on regarde les mots de la ville comme indices des dynamiques des sociĂ©tĂ©s urbaines qui les crĂ©ent et les emploient, il convient d’ĂȘtre particuliĂšrement attentif Ă  certaines situations susceptibles de nourrir la rĂ©flexion comparative. 27À cet Ă©gard, l’étude de cas de rĂ©forme est Ă©clairante. Admettons d’emblĂ©e l’ambiguĂŻtĂ© du terme la rĂ©forme de la ville et celle de ses mots sont intimement liĂ©es. Depuis les premiers Ă©noncĂ©s d’une question urbaine » au temps des LumiĂšres, diffĂ©rents corps de spĂ©cialistes ont continĂ»ment dessinĂ©, en Europe et en AmĂ©rique du Nord, les figures successives d’un projet modernisateur » ou rationalisateur » sur la ville et la sociĂ©tĂ©. Ils ont inventĂ© des instruments d’observation et de mesure, de diagnostic et de prescription, dont la condition de possibilitĂ© a Ă©tĂ© la crĂ©ation de langages. D’abord savants, confinĂ©s aux milieux rĂ©formateurs et techniciens, ils s’inscriront peu Ă  peu dans de nouveaux dispositifs administratifs et statistiques, et, finalement, dans des espaces oĂč vivront les citadins. 25 H. J. Dyos et D. A. Reeder en ont fait l’esquisse en suivant les pistes offertes par l’Oxford Engli ... 28La rĂ©forme des mots de la ville transforme les objets qu’ils sont censĂ©s nommer. On pourrait sans doute Ă©crire l’histoire du mot slum dans cette perspective25. Terme de l’argot populaire de Londres cant, il dĂ©signe d’abord a room of low repute » ou low, unfrequented parts of the town ». Pendant la majeure partie du xixe siĂšcle, il apparaĂźt par Ă©crit plutĂŽt sous la forme back-slums et, en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, entre guillemets. La montĂ©e du mouvement pour la rĂ©forme du logement conduit alors Ă  une sĂ©rie de transformations le terme reçoit une acception technico-juridique, pour dĂ©signer a house materially unfit for human habitation » et slums passe dans le langage courant, perdant ses guillemets Ă  l’écrit dans les annĂ©es 1880, au mĂȘme moment oĂč suburbs ou suburbia Ă©mergent comme catĂ©gories de la diversitĂ© des noms de lieu. D’un terme vulgaire, stigmatisant et rare, Ă  l’objet indĂ©cis, la rĂ©forme a fait un concept gĂ©nĂ©ral et opĂ©ratoire il est possible dĂ©sormais de dĂ©limiter sur une carte des slum areas. L’histoire continuera au xxe siĂšcle, de part et d’autre de l’Atlantique, marquĂ©e par deux mouvements liĂ©s qui aboutiront Ă  la dĂ©suĂ©tude du terme. D’un cĂŽtĂ©, l’adoption de lĂ©gislations autorisant la dĂ©molition imposera des dĂ©finitions rigoureuses qui ne peuvent se satisfaire du halo de connotations qui accompagnait slums et aboutiront Ă  l’adoption de nouveaux termes techniques » qui permettront du mĂȘme coup d’euphĂ©miser la stigmatisation sociale des habitants aux États-Unis, tenement-house, tenement district, puis deteriorated neighbourhood apparaĂźtront entre les annĂ©es 1890 et les annĂ©es trente. ParallĂšlement, un nouveau regard sur les quartiers populaires apparaĂźt avec l’émergence du travail social » Ă  partir des annĂ©es dix dans ces contextes, les slums de la fin du xixe siĂšcle pourront ĂȘtre Ă©levĂ©s Ă  la dignitĂ© de neighbourhoods ou communities par la grĂące d’un projet de reconstruction des relations sociales. Ce changement rend sans doute possible l’adoption par les city planners amĂ©ricains des annĂ©es vingt du concept de neighbourhood unit qui va s’incorporer pour longtemps au vocabulaire international de l’urbanisme. 26 Cf. M. de Almeida Abreu, Reconstruire une histoire oubliĂ©e. Origine et expansion initiale des fav ... 27 Le mot dĂ©signe un arbuste du sertĂŁo nordestin et, en particulier, la rĂ©gion de Canudos oĂč viennent ... 29L’aventure de favela peut aussi ĂȘtre Ă©voquĂ©e26. C’est d’abord un nom propre peu aprĂšs que les habitants des quartiers de Rio de Janeiro victimes de l’ùre des dĂ©molitions » eurent commencĂ© Ă  envahir de leurs cases » casebres le Morro da Providencia, une des collines du centre-ville, l’usage populaire rebaptise celle-ci, vers 1897, Morro da Favela27 ». Un nouveau type d’habitat de fortune est apparu, distinct par sa morphologie et son illĂ©galitĂ© des habitations collectives dĂ©gradĂ©es du tissu ancien, dĂ©signĂ©es par estalagens et cortiços. Pour les autoritĂ©s comme pour la presse, la Favela » est d’emblĂ©e un anti-modĂšle, associĂ© au crime et au dĂ©sordre, auquel seront de plus en plus souvent comparĂ©s d’autres sites. Des constructions similaires se multiplient en effet sur les escarpements de la ville, mais il faudra attendre les annĂ©es vingt pour que le toponyme soit substantivĂ© favela perd alors sa majuscule, puis les guillemets d’abord utilisĂ©s, pour devenir un nom commun. Favelas donne alors naissance Ă  favelados, une population Ă©tant ainsi dĂ©signĂ©e par son habitat. La nouvelle catĂ©gorie est adoptĂ©e par l’administration municipale lorsque, avec l’Estado Novo, une ambitieuse politique d’éradication devient envisageable dans les annĂ©es quarante sont rĂ©alisĂ©s les premiers recensements des favelas » et celles-ci existent dĂ©sormais de jure. Le terme sera par la suite communĂ©ment utilisĂ© dans d’autres villes, comme SĂŁo Paulo, dont la topographie est pourtant toute diffĂ©rente. 28 A. BarthĂ©lĂ©my, Dictionnaire arabe-français des dialectes de Syrie Alep, Damas, Liban, JĂ©rusalem, ... 29 Nous devons ces derniĂšres prĂ©cisions Ă  Mona Harb-El-Kak qui mĂšne des recherches sur cette rĂ©gion c ... 30Avec le mot arabe dĂąhiya on a l’exemple d’une trajectoire inverse puisque, de nom commun, il est devenu Ă  Beyrouth un quasi-toponyme. HĂ©ritĂ© de la langue classique, et ressortissant Ă  un registre politico-administratif, dĂąhiya employĂ© souvent au pluriel, dawĂąhĂź signifie notamment environs, abords, pĂ©riphĂ©rie, banlieue ». Il semble s’ĂȘtre intĂ©grĂ© dans les dialectes orientaux assez rĂ©cemment dans les annĂ©es trente le dictionnaire de BarthĂ©lĂ©my, tenu pour une autoritĂ© en la matiĂšre, ne mentionne pas encore cette acception, qui figurera dans son supplĂ©ment publiĂ© en 196028. Au Liban, au cours de la guerre civile, il en vient Ă  dĂ©signer couramment et exclusivement la banlieue sud de la capitale, c’est-Ă -dire la banlieue chiite, assimilĂ©e Ă  un espace pauvre, anarchique, illĂ©gal et intĂ©griste. D’oĂč le refus de certains de ses habitants d’utiliser ce terme et la volontĂ© de revenir plutĂŽt aux anciens toponymes, ou de recourir Ă  une dĂ©signation administrative moins connotĂ©e, comme le littoral de Metn sud29 ». 31Slum, favela ou dĂąhiya relĂšvent d’un vaste champ sĂ©mantique, celui de la stigmatisation urbaine, qui se prĂȘte sans doute bien Ă  la rĂ©flexion comparative. En effet, des ressources lexicales variables selon les langues sont travaillĂ©es ici par des processus sociaux et sous des contraintes sĂ©mantiques semblables. L’émergence d’une catĂ©gorie qui, dans le cas de slum et de favela, subsume la diversitĂ© des toponymes n’est-elle pas liĂ©e Ă  une opĂ©ration cognitive de diagnostic elle-mĂȘme subordonnĂ©e Ă  des objectifs de rĂ©forme ? De simples tableaux chronologiques peuvent ĂȘtre sur ce point trĂšs Ă©clairants. On observe, Ă  divers moments de l’histoire, que plusieurs vocables sont susceptibles de fournir la catĂ©gorisation dont la rĂ©forme a besoin leur concurrence n’est-elle pas rĂ©glĂ©e par des contraintes gĂ©nĂ©rales qui conduisent Ă  des solutions diverses selon les contextes d’énonciation et, bien entendu, les ressources lexicales de chaque langue ? Ainsi, les mots de la stigmatisation urbaine ont pour propriĂ©tĂ© commune d’exprimer sur le registre de l’habitat et de l’espace une stigmatisation sociale qui repose, en rĂ©alitĂ© ou en mĂȘme temps, sur d’autres critĂšres de hiĂ©rarchisation qu’ils font passer au second plan. Comment s’effectue, dans l’un et l’autre sens, le passage de la catĂ©gorie spatiale Ă  la catĂ©gorie sociale ? Ils doivent, en outre, lorsque le projet rĂ©formateur s’affirme, ĂȘtre suffisamment gĂ©nĂ©raux pour ne pas renvoyer Ă  un type morphologique trop particulier, tout en restant suffisamment concrets pour rester proches des images et connotations qui les rendent intelligibles. Ils doivent, enfin, lorsqu’ils se trouvent inclus dans des dispositifs rĂ©glementaires, statistiques ou opĂ©rationnels, ĂȘtre susceptibles de dĂ©finitions juridiques ou techniques univoques qui fassent disparaĂźtre le halo de leurs connotations. Ainsi, les mots de la stigmatisation urbaine peuvent ĂȘtre brutalement pĂ©joratifs dans certains contextes, tandis que, dans d’autres, il est essentiel qu’ils soient massivement euphĂ©misĂ©s Ă©mergent alors les lexiques techniques du sub-standard housing ou du social work, qui vont d’ailleurs jeter un pont entre le vocabulaire de la dĂ©nonciation et celui, plus large, de leur pratique ou discipline. 30 On trouve une manifestation rĂ©cente de cette prĂ©occupation dans R. Brunet, ed., Les Mots de la gĂ©og ... 31 F. de Dainville, Le langage des gĂ©ographes, op. cit., p. 319. 32Un des traits qui apparaissent dans ces exemples est sans doute commun aux processus de rĂ©forme c’est la crĂ©ation de catĂ©gories lĂ  oĂč prĂ©valait la diversitĂ© des noms de lieux ou des notions descriptives, c’est, en d’autres termes, l’instauration de nouvelles Ă©chelles de description, de classement et d’intervention. Il est probable que rĂ©sulte d’un processus de ce genre le mot agglomĂ©ration » qui vient tardivement dĂ©crire une rĂ©alitĂ© physique et spatiale dĂ©connectĂ©e des implications juridiques, administratives et politiques de ville » ou bien, plus tard, metropolitan area qui, parti des États-Unis, fera le tour du monde. Dans de telles rĂ©organisations, certaines disciplines, avec leur tradition lexicale propre, sont plus que d’autres mises Ă  contribution. Ainsi la gĂ©ographie, pĂ©riodiquement confrontĂ©e Ă  des exigences terminologiques distinguer, gĂ©nĂ©raliser, formaliser
, propose-t-elle de fixer des significations30. Elle rĂ©organise l’espace gĂ©ographique en recourant Ă  des langages techniques, Ă  des parlers rĂ©gionaux, en empruntant Ă  des langues Ă©trangĂšres, ou en lĂ©gitimant des emprunts dĂ©jĂ  effectuĂ©s. C’est ce qu’a mis plus particuliĂšrement en lumiĂšre, pour la gĂ©ographie française, E de Dainville, en soulignant que celle-ci, Ă  l’encontre d’autres sciences, [
] dĂšs le xvie siĂšcle, commence Ă  parler la langue maternelle31 ». 33Dans certains cas, ce qui s’offre Ă  l’observation, c’est une rĂ©forme globale de la langue liĂ©e Ă  un projet national qu’il s’agisse de la rĂ©forme de l’arabe impulsĂ©e au Liban dans la seconde moitiĂ© du xixe siĂšcle donnant naissance Ă  la premiĂšre encyclopĂ©die contemporaine dans cette langue, de celle du turc aprĂšs la fondation de l’État kĂ©maliste ou de celle du chinois par la nouvelle RĂ©publique de Sun-Yat-Sen, nous avons affaire Ă  des interventions volontaristes et coordonnĂ©es dont l’État prend l’initiative ou auxquelles il accorde son parrainage. Dans de telles conjonctures, les lexiques urbains sont bouleversĂ©s avec tout le reste, mais les solutions retenues ont Ă©tĂ© prĂ©parĂ©es et ont fait l’objet de dĂ©bats spĂ©cifiques dans des acadĂ©mies de langue ou des sociĂ©tĂ©s savantes, dans des administrations ou des organisations professionnelles spĂ©cialisĂ©es. La rĂ©forme des mots de la ville est ici mise au service Ă  la fois d’une affirmation identitaire nationale et d’une volontĂ© de faire entrer les villes dans la modernitĂ© situations quasi expĂ©rimentales pour notre recherche. 34Il est aussi des stratĂ©gies moins globales, plus progressives, qui rĂ©pondent Ă  une semblable exigence naturaliser » des notions empruntĂ©es en les intĂ©grant dans la langue indigĂšne, et en mĂȘme temps marquer leur nouveautĂ© par une innovation langagiĂšre – conforme cependant au gĂ©nie de la langue. C’est ce qu’illustre une aventure » empruntĂ©e au monde arabe. Il ne s’agit pas en l’occurrence d’une dĂ©nomination de nouveaux objets » urbains, ou de nouveaux dĂ©coupages, au moyen d’un vocabulaire disponible comme dans le cas des thumn-s, huitiĂšmes », dĂ©signant de nouvelles entitĂ©s administratives qui prĂ©vaudront au Caire Ă  la suite de l’expĂ©dition de Bonaparte et dont l’usage oubliera, de la mĂȘme maniĂšre que pour le mot quartier » en français, sa valeur de fraction – on comptera d’ailleurs aprĂšs quelques annĂ©es plus de huit huitiĂšmes ». Il ne s’agit pas non plus de traductions, de dĂ©calques, de transferts d’une langue Ă©trangĂšre exportatrice de modĂšles, mais d’une invention » qui puise plus directement dans les ressources de la langue indigĂšne. 32 Cf. M. Davie et L. Nordiguian, L’habitat de BayrĂ»t al-QadĂźma », Berytus, Arcbeological studies, v ... 33 Cf. notamment F. Baker, Questions de toponymie », Égypte/Monde arabe, 5, 1991. 34 Nous devons ces prĂ©cisions lexicologiques Ă  A. Le Gall-Kazazian. 35 Arnaud, Toponymie du Caire, Le Caire, CEDEJ-MRC, 1994, p. XIII et 245 sq. 35Le mot qui prĂ©vaut jusqu’au xixe siĂšcle pour dĂ©signer dans le monde arabe un hĂŽpital est un terme d’origine persane, bimaristan ou sa dĂ©formation maristan qui progressivement semble plutĂŽt concerner les lieux oĂč l’on traite les fous. Dans la seconde moitiĂ© de ce mĂȘme siĂšcle apparaĂźt un mot, qui se dit et s’écrit isbitalia ou usbitalia voire sbidal, selon des archives beyrouthines32, dont on reconnaĂźt aisĂ©ment l’origine italienne33. Il semble alors courant dans l’Empire ottoman, et son emploi est attestĂ© en Turquie jusqu’en 1945. Dans les dictionnaires de turc oĂč il figure avec un p, ispitalia Ă  la fin du xixe siĂšcle, on prĂ©cise qu’il dĂ©signe surtout ou qu’il a dĂ©signĂ© Ă  l’origine des Ă©tablissements, appartenant notamment aux communautĂ©s grecques et armĂ©niennes, qui combinent les fonctions d’hospice et d’hĂŽpital34. Ensuite l’emploi d’un mot arabe forgĂ© par les acadĂ©mies de langue au tournant du siĂšcle s’est gĂ©nĂ©ralisĂ© pour dĂ©signer, dans la langue administrative, ainsi que dans le parler quotidien du Machrek, les hĂŽpitaux, selon une acception contemporaine mustachfĂą, le lieu oĂč l’on cherche la guĂ©rison ». Ce terme l’a apparemment emportĂ© non seulement sur la formule plus ancienne dĂąr al-chifĂą, maison de la guĂ©rison », mais sur celui de machfĂą, lui aussi attestĂ©, qui est formĂ© Ă  partir du mĂȘme radical, mais signifie lieu de la guĂ©rison ». Au Caire, si l’on en juge d’aprĂšs les indications figurant sur le plan dĂ©taillĂ© de la ville que l’administration a Ă©tabli Ă  partir de 1909, le mot isbitalia a Ă©tĂ© conservĂ© dans l’appellation des voies ou des places du type rue de l’HĂŽpital français », tandis qu’il Ă©tait remplacĂ© par mustachfĂą dans la dĂ©signation des bĂątiments qui leur avaient donnĂ© leur nom. Et il n’a pas totalement disparu de la langue parlĂ©e35. Au Maghreb, la forme sbital, ou sbitar le r remplaçant le l selon un mĂ©canisme courant, est d’un usage banal. 36 El-SaĂŻd Badawi et M. Hinds, A Dictionary of Egyptian Arabic, Beyrouth, Librairie du Liban, 1986, p. ... 36Ainsi a-t-on procĂ©dĂ© Ă  une double nationalisation » ou arabisation. D’une part pour dĂ©signer un Ă©quipement moderne » Ă  l’occidentale, aprĂšs avoir empruntĂ© un mot europĂ©en Ă  titre transitoire, on l’a abandonnĂ©, dans la langue Ă©crite du moins. D’autre part on n’est pas revenu au terme ancien, un terme certes persan, mais dont l’usage dans les pays arabes remonte au Moyen Âge. Ispitalia, mĂȘme une fois le p devenu b, ne sonne pas encore vraiment arabe et ce n’est que devenu, aprĂšs mĂ©tathĂšse, istibalia, correspondant en Égypte Ă  un registre trĂšs populaire36, qu’il Ă©pouse un schĂšme morphologique parfaitement classique. Ce dernier ajustement n’a pas cependant de fondement sĂ©mantique et l’arabisation est dans ce cas uniquement formelle. Avec mustachfĂą, la rĂ©forme a, elle, produit un mot nouveau authentiquement » arabe, que l’usage social a consacrĂ©, et elle l’a fait en opĂ©rant un choix sĂ©mantique extrĂȘmement prĂ©cis et motivĂ©, tout en appliquant un procĂ©dĂ© permettant d’obtenir, de façon gĂ©nĂ©rative » par dĂ©rivation Ă  partir d’un radical, diverses formes verbales, des substantifs, et en particulier des noms de lieu. 37À plusieurs Ă©gards une telle aventure, qui en l’occurrence n’est pas celle d’un seul mot, a une valeur exemplaire. À ce titre elle pourrait ĂȘtre rapprochĂ©e, et par certains de ses aspects distinguĂ©e, d’autres trajectoires. Sans doute les situations de rĂ©forme – et cela est vrai pour toute transformation dĂ©libĂ©rĂ©e ou non du langage – nous rappellent-elles d’abord qu’une langue a une capacitĂ©, morphologique et phonologique, qui lui est spĂ©cifique pour intĂ©grer de la nouveautĂ© ou en inventer. Et pour opposer une rĂ©sistance, ne serait-ce que par les dĂ©formations auxquelles elle soumet, en se les appropriant, des Ă©lĂ©ments de systĂšmes qui lui sont exogĂšnes il n’y a pas de transfert sans modification. Block devient Ă©gyptien lorsqu’il se prononce bulukk, et hangar », quand au pluriel il se plie Ă  un schĂšme arabe, hanĂąger. 38Plus encore, ces situations attirent notre attention sur la maniĂšre dont des choix sont effectuĂ©s, abandonnĂ©s, adoptĂ©s, intĂ©grĂ©s dans l’usage, sur les moyens mis en Ɠuvre pour les appliquer ou les inflĂ©chir, sur les raisons des succĂšs ou des Ă©checs et les enseignements qu’il est possible d’en tirer. Et la comparaison permet de dĂ©gager ce que certains processus ont de singulier ou au contraire de comparable ». 37 MugĂąwarĂźn fait partie du langage officiel c’est la dĂ©nomination d’une entitĂ© administrative, incl ... 39Les rĂ©sistances ne tiennent pas toujours et seulement Ă  une inertie qui renvoie Ă  la structure de la langue. Elles sont Ă©galement d’ordre sĂ©mantique. Par exemple il y a quelques annĂ©es, pour baptiser » de nouveaux ensembles de logements construits Ă  la pĂ©riphĂ©rie du Caire, les urbanistes Ă©gyptiens, jugeant inadĂ©quat le vocabulaire usuel dont ils disposaient, ont suggĂ©rĂ© l’emploi d’un Ă©quivalent du terme anglais neighbourhood. Pour cela ils ont utilisĂ©, comme cela avait Ă©tĂ© fait pour mustachfĂą les ressources morphologiques de l’arabe. Or le mot retenu, mugĂąwara, a Ă©tĂ© rejetĂ© par les habitants pour lesquels il avait une connotation nĂ©gative. En effet si ce terme peut Ă©voquer la proximitĂ© des lieux saints de l’Islam, il Ă©tait en l’occurrence associĂ© Ă  l’habitation traditionnelle des Ă©tudiants pauvres dits mugĂąwarĂźn, vivant au voisinage ou dans les dĂ©pendances de la mosquĂ©e-universitĂ© d’al-Azhar et des lieux d’enseignement et, par extension, Ă  l’occupation des cimetiĂšres Ă  des fins de rĂ©sidence une vie au voisinage des tombes37. En dĂ©finitive ils ont adoptĂ© ou, plutĂŽt, rĂ©activĂ© » un terme populaire et ancien il n’appartient pas au vocabulaire de la partie moderne de la ville hĂąra. Les amĂ©nageurs croyaient bien faire en rendant dans leur langue une notion venue d’ailleurs, convaincus qu’ils Ă©taient de son caractĂšre positif et cela d’autant plus qu’en arabe l’idĂ©e de voisinage est naturellement » associĂ©e Ă  celles d’hospitalitĂ© et de protection. Les habitants, quant Ă  eux, n’ont entendu » qu’un mot stigmatisant. 40On pense inĂ©vitablement Ă  d’autres termes qui ont pris dans le vocabulaire journalistique et politique français d’aujourd’hui la force d’évidences. Nous relevions plus haut que l’émergence du problĂšme des banlieues » depuis une dizaine d’annĂ©es apparaĂźt d’abord comme un fait de langue. Dans la longue sĂ©rie des mots de la ville qui ont pour fonction de dĂ©signer les territoires de la stigmatisation sociale et d’énoncer un Ă©tat de la question urbaine », il s’agit d’une innovation. Il ne serait pas inutile de localiser les origines de cet usage dans l’espace social, d’examiner comment il est repris par certains locuteurs et contestĂ© par d’autres, bref de l’analyser comme l’indice d’une trĂšs vive lutte de classement. D’autres termes, notons-le, sont en concurrence, dont l’histoire est toute autre citĂ©s » emprunte aux citĂ©s ouvriĂšres » de la fin du xixe siĂšcle, mais aussi au vocabulaire historisant d’un Marcel PoĂ«te qui a lu Fustel de Coulanges et, plus gĂ©nĂ©ralement, des urbanistes des annĂ©es 1910 et 1920 ; les quartiers », dans certaines villes françaises, dit autrement la mĂȘme chose. Et comment parlera-t-on dĂ©sormais des banlieues rĂ©sidentielles » vantĂ©es par les promoteurs immobiliers des annĂ©es soixante et soixante-dix ? VoilĂ  un argument, peut-ĂȘtre, pour passer des excursions Ă©tymologiques sur un mot qui nous soucie Ă  un travail plus mĂ©thodique sur les systĂšmes classificatoires inscrits dans le langage. Haut de page Notes 1 PilotĂ© par le PIR-Villes du CNRS et le programme MOST de l’Unesco, le programme Les mots de la ville » s’attache aux registres de dĂ©nomination de la ville et de ses territoires en usage dans diffĂ©rentes aires linguistiques. Il privilĂ©gie le comparatisme, Ă  l’intĂ©rieur d’une mĂȘme aire et d’une aire Ă  l’autre, et il prend en compte la longue durĂ©e. 2 R. Barthes, SĂ©miologie et urbanisme », in L’aventure sĂ©miologique, Paris, Seuil, 1985, p. 261. Cf. Ă©galement La Tour Eiffel, Paris, Delpire, 1969. 3 On trouvera des rĂ©flexions sur l’état du champ, qui incluent un retour sur des recherches plus anciennes, in S. Ostrowetsky, ed., Sociologues en ville, Paris, L’Harmattan, 1996, troisiĂšme partie, La ville en langue ». 4 Cf. notamment les travaux de J. Castex et P. Panerai en particulier in SĂ©miotique de l’espace, Paris, Gonthier, 1979. 5 À l’échelle de la ville, R. Ledrut a soulignĂ© la difficultĂ© d’une entreprise sĂ©miologique Les images de la ville, Paris, Anthropos, 1973. 6 La formule est de E. NoĂ«l, in E. NoĂ«l et G. Minot, eds, L’espace et le temps aujourd’hui, Paris, Seuil, 1983, p. 223. 7 F. de Dainville, Le langage des gĂ©ographes, Paris, Picard, 1964. 8 Mythe et pensĂ©e chez les Grecs, Paris, Maspero, 1965. 9 Cf. la synthĂšse de Calvet, Les voix de la ville. Introduction Ă  la sociolinguistique urbaine, Paris, Payot, 1994. 10 À propos de la notion de malentendu, cf. plus particuliĂšrement J. Gumperz, Engager la conversation. Introduction Ă  la sociolinguistique interactionnelle, Paris, Minuit, 1989. 11 M. de Certeau, L’invention du quotidien, Paris, UGE, 1980, vol. 1, Arts de faire, p. 138. 12 É. Durkheim, Les formes Ă©lĂ©mentaires de la vie religieuse [1912], Paris, Presses universitaires de France, 1960, p. 15. 13 Évoquons seulement, dans cette orientation de recherche L. Boltanski, Les cadres. La formation d’un groupe social, Paris, Minuit, 1982 ; A. DesrosiĂšres et L. ThĂ©venot, Les catĂ©gories socio-professionnelles, Paris, La DĂ©couverte, 1988 ; J. W. Scott, Gender and the Politics of History, New York, Columbia University Press, 1988 ; C. Charles, Naissance des intellectuels », 1880-1900, Paris, Minuit, 1990 ; C. Topalov, Naissance du chĂŽmeur, 1880-1910, Paris, Albin Michel, 1994 ; G. Noiriel, Socio-histoire d’un concept les usages du mot “nationalitĂ©â€ au xixe siĂšcle », GenĂšses, 20, 1995, p. 4-23. 14 De telles propositions furent notamment au principe d’un renouveau de l’histoire urbaine en France. Cf. Perrot, GenĂšse d’une ville moderne. Caen au xviiie siĂšcle, Paris-La Haye, Mouton, 1975, 2 vol., et B. Lepetit, Les villes dans la France moderne 1740-1840, Paris, Albin Michel, 1988. 15 Nous empruntons cette distinction Ă  Milner, in E. NoĂ«l et G. Minot, eds, L’espace et le temps aujourd’hui, op. cit., p. 224-225. 16 M. Bloch, Apologie pour l’histoire ou le mĂ©tier d’historien [1949], Paris, Armand Colin, 1993, p. 171. 17 Cf. E. Brian, Y a-t-il un objet “CongrĂšs” ? Le cas du CongrĂšs international de statistique 1853-1876 », Mil neuf cent, 7, 1989, p. 9-22, et A. DesrosiĂšres, La politique des grands nombres. Histoire de la raison statistique, Paris, La DĂ©couverte, 1993. 18 P. Du Maroussem, L’union internationale des enquĂȘtes Ă©conomiques et sociales », Revue d’Économie politique, XIV, 1900, p. 640. 19 M. Bloch, Apologie pour l’histoire ou le mĂ©tier d’historien, op. cit., p. 167, 168, 170 et 168. 20 L. Febvre, Civilisation. Évolution d’un mot et d’un groupe d’idĂ©es », in PremiĂšre Semaine internationale de synthĂšse, Civilisation, le mot et l’idĂ©e, Paris, Renaissance du livre, 1930, p. 9, rééd. in Pour une histoire Ă  part entiĂšre, Paris, SEVPEN, 1962, p. 481. Une autre mise en Ɠuvre Travail Ă©volution d’un mot et d’une idĂ©e », Journal de psychologie normale et pathologique, 1948, p. 19-28, rééd. in Pour une histoire Ă  part entiĂšre, ibid, p. 649-658. 21 II poursuit, dans une direction qui n’est pas la nĂŽtre mĂȘme si la chose avait prĂ©cĂ©dĂ© ; car il marque l’étape dĂ©cisive de la prise de conscience » M. Bloch, op. cit., p. 174. 22 Sur les dĂ©finitions des dictionnaires, cf. B. Quemada, Les dictionnaires du français moderne, 1539-1863. Étude sur leur histoire, leurs types et leurs mĂ©thodes, Paris, Didier, 1967, p. 391-464. 23 A. FuretiĂšre, Dictionnaire universel, contenant gĂ©nĂ©ralement tous les mots français tant vieux que modernes,.., La Haye-Rotterdam, A. et R. Leers, 1690, 3 vol. 24 Perrot, GenĂšse d’une ville moderne
, p. 28-51. 25 H. J. Dyos et D. A. Reeder en ont fait l’esquisse en suivant les pistes offertes par l’Oxford English Dictionary, Cf. Slums and Suburbs », in H. J. Dyos et M. Wolff, eds., The Victorian City. Images and Realities, Londres, Routledge and Kegan Paul, 1973, vol. 2, Shapes on the Ground. A Change of Accent, p. 359-386. 26 Cf. M. de Almeida Abreu, Reconstruire une histoire oubliĂ©e. Origine et expansion initiale des favelas de Rio de Janeiro », GenĂšses, 16, 1994, p. 45-68. 27 Le mot dĂ©signe un arbuste du sertĂŁo nordestin et, en particulier, la rĂ©gion de Canudos oĂč viennent de faire campagne les militaires qui obtiennent en 1897 l’autorisation de s’installer sur les pentes du Morro da Providencia. 28 A. BarthĂ©lĂ©my, Dictionnaire arabe-français des dialectes de Syrie Alep, Damas, Liban, JĂ©rusalem, Paris, Paul Geuthner, 1935-1950. C. Denizeau, Dictionnaire des parlers arabes de Syrie, Liban et Palestine supplĂ©ment au dictionnaire arabe-français de A. BarthĂ©lĂ©my, Paris, Maisonneuve, 1960. 29 Nous devons ces derniĂšres prĂ©cisions Ă  Mona Harb-El-Kak qui mĂšne des recherches sur cette rĂ©gion cf. MaĂźtrise de l’espace dans la banlieue sud de Beyrouth. Recompositions territoriales entre pouvoirs publics et intervenants privĂ©s, rapport de DEA, Tours, UniversitĂ© de Tours, 1996, multig.. 30 On trouve une manifestation rĂ©cente de cette prĂ©occupation dans R. Brunet, ed., Les Mots de la gĂ©ographie, Paris, La Documentation française, 1992. 31 F. de Dainville, Le langage des gĂ©ographes, op. cit., p. 319. 32 Cf. M. Davie et L. Nordiguian, L’habitat de BayrĂ»t al-QadĂźma », Berytus, Arcbeological studies, vol. 25, 1987. 33 Cf. notamment F. Baker, Questions de toponymie », Égypte/Monde arabe, 5, 1991. 34 Nous devons ces prĂ©cisions lexicologiques Ă  A. Le Gall-Kazazian. 35 Arnaud, Toponymie du Caire, Le Caire, CEDEJ-MRC, 1994, p. XIII et 245 sq. 36 El-SaĂŻd Badawi et M. Hinds, A Dictionary of Egyptian Arabic, Beyrouth, Librairie du Liban, 1986, p. 18. 37 MugĂąwarĂźn fait partie du langage officiel c’est la dĂ©nomination d’une entitĂ© administrative, incluant une grande partie des cimetiĂšres de l’est et de page Pour citer cet article RĂ©fĂ©rence papier Jean-Charles Depaule et Christian Topalov, La ville Ă  travers ses mots », EnquĂȘte, 4 1996, 247-266. RĂ©fĂ©rence Ă©lectronique Jean-Charles Depaule et Christian Topalov, La ville Ă  travers ses mots », EnquĂȘte [En ligne], 4 1996, mis en ligne le 12 juillet 2013, consultĂ© le 17 aoĂ»t 2022. URL ; DOI de page Auteurs Jean-Charles Depaule Jean-Charles Depaule CNRS, Aix-en-Provence Ă©tudie l’espace habitĂ© des villes du monde arabe contemporain. Il est le coordinateur scientifique du programme comparatif Les mots de la ville » PIR-Villes-CNRS/MOST-UNESCO. Il a rĂ©cemment publiĂ© avec J. Castex et Cohen, Histoire urbaine, anthropologie de l’espace, Paris, Editions du CNRS, 1996. Christian Topalov Christian Topalov CNRS-EHESS est sociologue des cultures et des sociĂ©tĂ©s urbaines. Il a notamment publiĂ© Naissance du chĂŽmeur, 1880-1910, Paris, Albin Michel, de page Droits d’auteur Tous droits rĂ©servĂ©sHaut de page L’usage gĂ©nĂ©ral de la parole est de transformer notre discours mental en discours verbal, et l’enchaĂźnement de nos pensĂ©es en un enchaĂźnement de mots ; et ceci en vue de deux avantages d’abord d’enregistrer les consĂ©cutions de nos pensĂ©es ; celles-ci, capables de glisser hors de notre souvenir et de nous imposer ainsi un nouveau travail, peuvent ĂȘtre rappelĂ©es par les mots qui ont servi Ă  les noter ; le premier usage des dĂ©nominations est donc de servir de marques ou de notes en vue de la rĂ©miniscence. L’autre usage consiste, quand beaucoup se servent des mĂȘmes mots, en ce que ces hommes se signifient l’un Ă  l’autre, par la mise en relation et l’ordre de ces mots, ce qu’ils conçoivent ou pensent de chaque question, et aussi ce qu’ils dĂ©sirent, ou qu’ils craignent, ou qui Ă©veille en eux quelque autre passion. Dans cet usage, les mots sont appelĂ©s des signes. Les usages particuliers de la parole sont les suivants premiĂšrement, d’enregistrer ce qu’en y pensant on trouve ĂȘtre soit la cause d’une chose prĂ©sente ou passĂ©e, soit ce que les choses prĂ©sentes ou passĂ©es peuvent produire ou rĂ©aliser en somme, c’est l’acquisition des arts. DeuxiĂšmement, d’exprimer Ă  autrui la connaissance que l’on a atteinte il s’agit lĂ  de se conseiller et de s’enseigner les uns les autres. TroisiĂšmement, de faire connaĂźtre Ă  autrui ses volontĂ©s et ses projets, de façon que nous recevions les uns des autres une aide mutuelle. QuatriĂšmement, de contenter et de charmer soit autrui soit nous-mĂȘmes en jouant innocemment avec nos mots, pour le plaisir ou l’agrĂ©ment. » Hobbes, LĂ©viathan, 1651 Explication possible Parler, c’est faire un usage personnel d’une langue commune. Pour Descartes, la parole est Ă  rĂ©server Ă  l’homme, car seul l’homme pense. Il y a donc un lien Ă©troit entre la pensĂ©e et la parole. Mais quel est donc la nature de ce lien? Pour Descartes, les mots ne sont que le vĂ©hicule de la pensĂ©e, pour Hegel, il en soit la condition. Et les mots ne servent-ils qu’à extĂ©rioriser ou partager sa pensĂ©e, avant d’agir ou parler est-ce dĂ©jĂ  agir? Ce sont ces deux questions que Hobbes aborde, dans cet extrait du LĂ©viathan, objet de notre explication. Il soutient qu’il y a 2 usages gĂ©nĂ©raux » de la parole un usage privĂ© et un usage publique, qui donne une nature diffĂ©rente aux mots, puisqu’ils sont d’abord marques » aux lignes 1 Ă  6, puis signes » quand nous parlons aux autres aux lignes 6 Ă  10; ces 2 usages apportant Ă  l’homme 4 avantages, 4 pouvoirs exposĂ©s pour finir. En expliquant sa thĂšse et ses arguments, nous pourrons nous interroger sur ses Ă©ventuelles limites. Le premier usage de la parole est donc de passer d’un discours mental » Ă  un discours verbal ». On sortirait du silence de la pensĂ©e pour verbaliser celle-ci. C’est ce qu’on appelle penser Ă  voix haute. Parler, ce serait extĂ©rioriser un discours dit pour soi-mĂȘme mentalement. Mais Hobbes dĂ©crit ce passage comme une transformation » , on passe d’ un enchaĂźnement de pensĂ©es » Ă  un enchaĂźnement de mots ». L’enchaĂźnement demeure donc mais les Ă©lĂ©ments sont autres avant la prise de parole, des pensĂ©es », aprĂšs des mots ». Ce qui signifie donc qu’on penserait sans eux. Et c’est ce que confirme l’analyse des avantages des mots ils permettent simplement d’ enregistrer », de conserver dans le souvenir de ce qui a Ă©tĂ© pensĂ©. Ils le permettent en tant que notes », marques ». Le mot est donc rĂ©duit Ă  un moyen et un rĂŽle mnĂ©motechniques. Et on peut penser que le mot en associant Ă  une idĂ©e , chose immatĂ©rielle, un son, une association de sons articulĂ©s, cela va donner un support matĂ©riel Ă  l’idĂ©e, et activer la mĂ©moire sensorielle. Parler, c’est agir, percevoir ce qu’on articule, l’action s’accompagne de conscience, la perception laisse une trace dans l’esprit qui associĂ©e Ă  la pensĂ©e , permettra de se rappeler de cette derniĂšre et Ă©voquant l’état vĂ©cu. On se rappelle ce qu’on fait, ce qu’on subit, plus que ce que l’on a simplement pensĂ©. Les mots marquent l’esprit. Les mots articulĂ©s permettent donc Ă  la pensĂ©e d’exister pour nous, de maniĂšre matĂ©rielle, d’oĂč mĂ©morisation facilitĂ©e. Cette mĂ©morisation est prĂ©sentĂ©e comme un avantage car elle permet d’avoir des sortes mĂ©canismes mentaux, des enchaĂźnements de pensĂ©es qu’on n’aura pas Ă  refaire, grĂące aux mots. On peut ici noter qu’une telle analyse du rĂŽle des mots semble conduire Ă  penser que le rapport entre les mots et la pensĂ©e et donc les choses qu’ils dĂ©signent est arbitraire, les mots ne sont pas des symboles » mais des marques, des notes, dĂšs lors le lien entre le mot et son rĂ©fĂ©rent n’a pour seul impĂ©ratif d’ĂȘtre clair et simple, pour faciliter la mĂ©morisation et permettre un souvenir fidĂšle et clair. Peu importe contrairement Ă  ce que soutenait Cratyle que les mots arbitraires et que, pour reprendre ma terminologie de Saussurre , que le lien entre le signifiant – empreinte psychique de l’association de sons- et le signifiĂ© soit arbitraire, au sens d’immotivĂ©. Si on en reste Ă  cette partie de la rĂ©flexion de Hobbes, il pourrait mĂȘme ĂȘtre purement arbitraire, au sens laissĂ© Ă  la dĂ©cision et Ă  la discrĂ©tion de chacun, puisque les mots semblent rester extĂ©rieurs Ă  la pensĂ©e et ne sont que des support pour y associer des pensĂ©es. En effet, et c’est assez paradoxal, Hobbes associe, comme nous l’avons dit, la verbalisation Ă  une transformation », passant de la pensĂ©e aux mots, mais il parle en mĂȘme temps d’un discours mental ». Or comment peut-il y avoir discours mĂȘme mental sans les mots? Hegel objectera au XIX Ăšme siĂšcle Ă  Hobbes que la pensĂ©e sans les mots n’est pas encore une pensĂ©e, pas suffisamment claire et distincte pour ĂȘtre qualifiĂ©e comme telle. Les mots donne non seulement Ă  la pensĂ©e une consistance matĂ©rielle mais ils lui donnent forme. Aussi c’est dans les mots que nous pensons et la pensĂ©e est donc prisonniĂšres des distinctions linguistiques en mĂȘme temps qu’elles sont le reflets de distinctions conceptuelles. Ce que Hobbes admettrait en un sens, car une fois que j’ai pensĂ© une chose pour la premiĂšre fois, il suffira ensuite de se rappeler via les mots ce qui a Ă©tĂ© pensĂ© pour ĂȘtre Ă©pargnĂ© d’un nouveau travail ». C’est ce qui permet de passer du particulier au gĂ©nĂ©ral, et d’acquĂ©rir art ». C’est ce que montre par la suite Hobbes avec l’exemple du calcul, facilitĂ© par le passage du dĂ©compte sur les doigts aux nombres.. Mais c’est aussi ce qui peut conduire Ă  des erreurs quand les hommes enre­gistrent incorrectement leurs pensĂ©es, par des mots dont le sens est variable, mots par lesquels ils enregistrent comme leurs des idĂ©es qu’ils n’ont jamais comprises, et ils se trompent ». Hobbes Ă©crit aussi que les mots sont les jetons des sages, avec lesquels ils ne font rien d’autre que des calculs, mais ces mots sont la monnaie des sots, qui les Ă©valuent en fonction de l’autoritĂ© d’un Aristote, d’un CicĂ©ron ou d’un Saint Thomas, ou de quelque autre docteur qui, quelque docteur qu’il soit, n’est [pourtant] qu’un homme. », ce qui signifie que pour lui les mots, qui sont des universaux, ne dĂ©signent rien d’universel dans la rĂ©alitĂ© oĂč tout est singulier. Les mots ne sont que des mots, ils permettent de penser la rĂ©alitĂ©, de penser des caractĂ©ristiques mais pas des essences. Hobbes est nominaliste, il n’y rien d’universel dans le monde en dehors des dĂ©nominations, car les choses nommĂ©es sont toutes individuelles et singuliĂšres. » / Cette question de l’intĂ©rioritĂ© mise Ă  part, le second usage de la parole va amener Ă  revenir sur cette idĂ©e d’arbitraire, et avec le passage de la marque » au signe » En effet Ă  partir de la ligne 6, l’usage de la parole est ramenĂ© Ă  la communication avec autrui. Et de la simple notation, on passe Ă  l’idĂ©e de signification ». Les mots ne servent plus simplement Ă  marquer, ce que l’on pense, mais Ă  le communiquer Ă  autrui. Cela prĂ©suppose donc une langue commune et donc que les mots soient une convention commune. On retrouve ici le mot comme signe, comme le dĂ©finira Saussurre comme une entitĂ© Ă  double face » liant un signifiant et un signifiĂ©, un concept, le tout renvoyant Ă  quelque chose dans la rĂ©alitĂ©, dans notre reprĂ©sentation de la rĂ©alitĂ©, le rĂ©fĂ©rent Une dĂ©finition est certes une pensĂ©e, mais elle est un discours. On retrouve aussi le schĂ©ma classique de la communication linguistique, comme un systĂšme de codage/dĂ©codage, qui , pour bien se faire doit ĂȘtre attentif Ă  la mise en relation et l’ordre » des mots. On peut penser ici que Hobbes suggĂšre que le sens des mots dĂ©pend aussi du contexte et que ce qui fait sens, c’est plutĂŽt une totalitĂ© que chaque mot qui produit le sens et c’est aussi parce qu’on entend le mot dans cette totalitĂ© que le sens se prĂ©cise et se dĂ©finit. Un mot a certes un sens en soi, parfois mĂȘme plusieurs, mais son sens dĂ©pend aussi du contexte. Cela permet de rĂ©duire les incomprĂ©hensions presque inĂ©vitables, pour Hobbes, car chaque sensation, perception est particuliĂšre, chaque pensĂ©e l’est aussi. C’est pourquoi mĂȘme si le code est commun, on n’est pas assurĂ© de mettre exactement le mĂȘme contenu aux mots. Ceci dit, c’est un autre Ă©lĂ©ment qui distingue la parole humaine de la communication animale, lĂ  le code est stĂ©rĂ©otypĂ© et si chaque Ă©lĂ©ment n’a pas de sens en soi, le contenu total est invariable et n’exige aucune interprĂ©tation, ni dimension de dialogue et oĂč il ne peut y avoir incomprĂ©hension.. Hobbes ajoute que les mots permettent aussi d’exprimer dĂ©sirs, craintes et passion. Cette capacitĂ© des mots Ă  pouvoir tout dire pensĂ©es et passions peut ĂȘtre discutable, c’est ce que fera Bergson en disant que si les mots sont adĂ©quats pour dire le gĂ©nĂ©ral, le commun, ils sont inadĂ©quats pour dire le particulier et l’intime. Et cela parce que les mots correspondent Ă  une reprĂ©sentation voilĂ©e, utilitaire du rĂ©el. Donc Hobbes en est arrivĂ© par l’analyse des usages de la parole, Ă  la dĂ©finition du mot comme un signe qui permet aux autres de comprendre ce que nous voulons signifier. Pour finir, il va prĂ©ciser ce que permettent les mots et leur usage personnel dans la parole et les mots de simples outils vont devenir des armes en un sens. Il va Ă  travers 4 usages de la parole, souligner quatre pouvoirs de la parole, des mots. Les mots lorsqu’ils sont utilisĂ©s comme marque de la pensĂ©e, permettent l’acquisition des arts » donc d’un pouvoir sur la rĂ©alitĂ©. On peut en effet assimiler ici les arts, Ă  un savoir faire qui prĂ©suppose expĂ©rience, loi, prĂ©vision; pour cela il faut se rappeler ce dont a fait l’expĂ©rience, perçu, et donc pensĂ© pour parvenir Ă  des gĂ©nĂ©ralisation, pour passer du constat d’une lien causal, Ă  une loi permettant la prĂ©vision et donc la maĂźtrise et l’action. Donc les mots permettent d’agir sur le monde. La pensĂ©e dĂ©bouche sur l’action. De la mĂȘme maniĂšre, si dans la communication avec autrui, les mots permettent transmission de la pensĂ©e et du savoir, via le conseil ou l’enseignement; les mots permettent aussi de faire en sorte qu’autrui vienne Ă  mon secours. Certes on peut y voir l’idĂ©e d’une coopĂ©ration utile Ă  la survie de chacun, mais on peut aussi voir dans les mots le pouvoir de faire plier l’autre Ă  ma volontĂ© et c’est ce que confirme le dernier usage particulier charmer ». Charmer, c’est conquĂ©rir quelqu’un non par la contrainte ou la conviction, mais par le plaisir et la persuasion. Le charmeur est souvent flatteur. De ce dernier usage, on peut en dĂ©duire que les mots mĂȘme s’ils ne sont que marques ou signes, ne valant pas en thĂ©orie pour eux-mĂȘmes peuvent valoir pour eux-mĂȘmes, en Ă©tant que des mots pour des mots, des mots pour le plaisir des mots. Mais mĂȘme lĂ , le mot a un pouvoir. Celui qui possĂšde les mots ne possĂšde pas nĂ©cessairement la rĂ©alitĂ©, mais il possĂšde le pouvoir sur les choses et sur les ĂȘtres. Donc Hobbes a soutenu dans ce texte l’extĂ©rioritĂ© des mots sur la pensĂ©e et souligner le pouvoir des mots, qui ne se rĂ©duisent pas Ă  simple expression pour soi ou pour les autres de la pensĂ©e. Nous avons vu les limites de cette extĂ©rioritĂ© mais on ne peut que rejoindre Hobbes, celui qui possĂšde le pouvoir de la parole, possĂšde le pouvoir tout cours, si ce n’est sur les choses, sur les hommes, sans aucun doute. L’écriture inclusive faites progresser l’égalitĂ© femmes-hommes par votre maniĂšre d’écrireVous souhaitez embarquer vos Ă©quipes vers davantage d’égalitĂ© entre les femmes et les hommes ?Vous avez recherchĂ© Ă©picĂšne dĂ©finition » ou Ă©criture inclusive rĂšgles » ? Vous ne voulez plus que le masculin l’emporte sur le fĂ©minin » ? Vous voulez assurer une communication sans stĂ©rĂ©otype de sexe ?Les expressions point mĂ©dian » ou noms Ă©picĂšnes » ne vous font pas peur ? Vous souhaitez former vos Ă©quipes Ă  son usage ? Adoptez cette Ă©criture Ă  travers des ateliers d’initiation ou la rĂ©daction de vos contenus Ă©ditoriaux. Nous proposons aussi de crĂ©er un lexique dĂ©diĂ© Ă  votre activitĂ© ! Les formations proposĂ©es sont Ă©ligibles aux financements paritaires, Mots-ClĂ©s Ă©tant un organisme de formation certifiĂ© par Datadock. L’écriture inclusive quelle est la dĂ©finition ? Communication sans stĂ©rĂ©otype de sexe, grammaire Ă©galitaire, langage inclusif, langage Ă©picĂšne 
 qu’est-ce que c’est ?DĂ©finition Ă©criture inclusive ensemble d'attentions graphiques et syntaxiques permettant d'assurer une Ă©galitĂ© des reprĂ©sentations entre les femmes et les hommes in Manuel d’écriture inclusive, 2016Cette pratique s’appuie sur deux convictions - Changer les mentalitĂ©s est nĂ©cessaire pour faire progresser l’ Pour y arriver, il faut agir sur ce par quoi elles se construisent le langage. L’écriture inclusive dans les mĂ©dias ! Commandez le Manuel d'Ă©criture inclusive version papier TĂ©lĂ©charger le manuel gratuitement ou recevez le Manuel d’écriture inclusive en version papier Affichez votre soutien avec le totebag Commandez votre totebag et soutenez la pratique de l’écriture inclusive Formez vous Ă  la pratique de l'Ă©criture inclusive Des ateliers d’initiation Ă  l’écriture inclusive 100% en ligne, sont organisĂ©s chaque mois, pour dĂ©velopper cette pratique dans votre environnement engagement rĂ©solu en faveur de l’égalitĂ© professionnelleEn France, de trĂšs nombreuses initiatives ont Ă©tĂ© adoptĂ©es pour faire advenir l’égalitĂ©, notamment professionnelle. On peut par exemple penser Ă  la loi relative Ă  la paritĂ© dans les conseils CA des grandes entreprises. Ou encore au renforcement des mesures de lutte contre le harcĂšlement. Ou mĂȘme Ă  l’obligation qu’ont les entreprises de tenir Ă  jour les Ă©carts de salaires entre les femmes et les hommes. Pour autant, les statistiques sont dĂ©sespĂ©rantes. Selon l’INSEE, il y a par exemple toujours 16,8% d’écarts de salaires en moyenne. C’est un chiffre Ă  poste, diplĂŽme et anciennetĂ© Ă©gales entre les femmes et les expliquer le dĂ©calage entre toutes ces initiatives et les rĂ©sultats obtenus ? Voici le paradoxe fondateur de cette dĂ©marche. L’hypothĂšse de celles et ceux qui promeuvent cette pratique est que nous baignons dans une langue qui entretient ce qu’on essaie de combattre par ailleurs. C’est-Ă -dire, la domination du masculin sur le fĂ©minin. En bref, la langue française par l’idĂ©e que le masculin vaut neutre, qu’il l’emporte sur le fĂ©minin dans les accords en genre entretient l’occultation d’un genre sur un est une agence de communication engagĂ©e en faveur de l’égalitĂ© femmes-hommes. Pour cette raison, elle a adoptĂ© et promeut cette Ă©criture depuis 2016. Elle vise Ă  cesser de dĂ©signer indiffĂ©remment des femmes et des hommes derriĂšre un masculin prĂ©tendument neutre. Rappelons qu’il n’y a pas de neutre en 2019, l’AcadĂ©mie française a reconnu la validitĂ© des noms de mĂ©tiers et de fonctions au fĂ©minin. Elle avait pourtant qualifiĂ© cette pratique de pĂ©ril mortel » moins d’un an plus tĂŽt. C’est la preuve que de grandes avancĂ©es sur ce terrain sont possibles, pour peu que chacun et chacune y prenne le sillage du Haut Conseil Ă  l’égalitĂ©, l’agence a contribuĂ© Ă  l’émergence et Ă  la diffusion de cette pratique. Elle a par exemple publiĂ© le Manuel d’écriture inclusive en 2016. Il a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© tĂ©lĂ©chargĂ© plus de 50 000 fois. Elle a aussi organisĂ© plusieurs Ă©ditions de sa dictĂ©e annuelle. Et soutient de nombreuses initiatives en rapport avec les modalitĂ©s d’inscription de l’égalitĂ© femme-homme dans le langage. Langage Ă©picĂšne la dictĂ©e de 2019, avec Pascale ClarkLangage inclusif la dictĂ©e 2020 avec AurĂ©lie Saada BrigitteL’écriture inclusive en France en 2021 Observatoire de l’opinion et des interrogations DĂ©couvrez notre nouvelle Ă©tude, co-rĂ©alisĂ©e avec Google ! L’agence Mots-ClĂ©s et Google ont choisi de s’associer, dans la continuitĂ© de leurs missions respectives et de leurs engagements, pour se doter d’un observatoire relatif Ă  l’écriture vise Ă  faire le point sur l’état de l’opinion publique en France et ses interrogations relatives au langage inclusif, en s’appuyant sur le poste d’observation unique que constitue le moteur de recherches. Comment l’opinion publique se positionne-t-elle ? Quelles sont les rĂ©flexions qui la traversent ? Quels enseignements en tirer ? Si la thĂ©matique surgit au grĂ© de polĂ©miques, l’intĂ©rĂȘt des Français et des Françaises se renforce et plaide dĂ©sormais pour l’usage d’une Ă©criture inclusive raisonnĂ©e. Mettez-vous Ă  l’écriture inclusive ! De l’écriture au langage inclusifLe discours n’est pas simplement un instrument de l’influence, mais bien le lieu de l’influence. Pour cette raison, cette pratique produit des effets de vos publics, clientes, usageres, talents, la dĂ©ployer permet de ● faire Ă©voluer les reprĂ©sentations spontanĂ©es de maniĂšre non sexiste. Cela modifie Ă©galement les maniĂšres de dire ;● activer un formidable levier de fĂ©minisation de vos effectifs ou de vos publics ; ● tĂ©moigner de votre modernitĂ© Ă©ditoriale et rajeunir vos audiences ;● vous doter d’un ancrage visible sur les enjeux d’égalitĂ© femmes-hommes. Les 3 rĂšgles » Une intervention sur la fĂ©minisation des noms de mĂ©tiers pour le parle en fait de conventions », plutĂŽt que de rĂšgles », parce qu’il ne s’agit pas d’une grammaire alternative. ConcrĂštement, cette pratique s’appuie sur trois conventions, qui ne modifient rien Ă  la langue française Accorder en genre les noms de fonctions, grades, mĂ©tiers et du fĂ©minin et du masculin. Il est possible d’utiliser l’énumĂ©ration par ordre alphabĂ©tique. Ou alors de recourir aux termes Ă©picĂšnes, des noms dont la forme ne varie pas selon le genre sans prĂ©ciser le sexe. Ou enfin de faire un usage raisonnĂ© du point mĂ©dian, aussi appelĂ© point de mettre une majuscule de prestige au mot Homme » pour dĂ©signer l’ensemble du genre accompagnons les entreprises pour s’approprier ces conventions. Nous adaptons chaque formation Ă  la structure avec laquelle nous travaillons. Nous nous rĂ©fĂ©rons Ă  d’importants travaux acadĂ©miques. Ils ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s par le Haut Conseil Ă  l’ÉgalitĂ©, par Anne-Marie Houdebine, ThĂ©rĂšse Moreau, Éliane Viennot, ou encore Bernard Cerquiglini. Pour enfin savoir - Comment l’écriture inclusive fait progresser l’égalitĂ© MaĂźtriser les conventions d’une Ă©criture inclusive Tout savoir des piĂšges langagiers Ă  Ă©viter ! Signer la convention d’engagement du Haut Conseil Ă  l’égalitĂ©Des dizaines d’institutions, associations et collectivitĂ©s ont dĂ©jĂ  signĂ© la Convention d’engagement pour une communication sans stĂ©rĂ©otype de sexe, mise au point par le Haut Conseil Ă  l’égalitĂ©. Et vous ?Une maniĂšre de transformer la sociĂ©tĂ© par le verbeLe langage inclusif n’est pas seulement un travail sur la langue. C’est une maniĂšre d’agir sur le rĂ©el par le langage, de faire progresser l’égalitĂ© entre les femmes et les hommes. Et de faire prendre conscience de la maniĂšre dont la langue française participe de la relĂ©gation des femmes. Plusieurs rĂšgles de grammaire participent en effet de cette occultation 1/ D’abord l’indisponibilitĂ© apparente de certains noms de mĂ©tiers au fĂ©minin. 2/ Ensuite, l’idĂ©e que le masculin vaut neutre. 3/ Enfin, la rĂšgle de grammaire qui veut que le masculin l’emporte sur le fĂ©minin dans les accords en Ă  ces 3 principes que cette pratique tente d’échapper. Ce n’est pas pour autant un français alternatif. Tout ce que nous prĂ©conisons suit scrupuleusement les rĂšgles de la grammaire française. Notre prĂ©occupation est de rendre cette Ă©criture soutenable et irrĂ©prochable sur le plan grammatical. Et cela, pour n’importe quel rĂ©dacteur ou rĂ©dactrice au sein d’une organisation. Car cette pratique doit se dĂ©velopper dans les espaces producteurs d’inĂ©galitĂ©s toutes circonstances, la langue doit rester un liant, une chose possĂ©dĂ©e en commun. Enfin, dans le manuel gratuitement tĂ©lĂ©chargeable sur cette page, vous trouverez Ă©galement une bibliographie de travaux. Ainsi qu’une liste de chercheurs et chercheuses intĂ©ressĂ©es par cette pratique. Nous avons Ă©galement compilĂ© une Foire aux questions un ensemble d’arguments pour convaincre de la justesse du langage inclusif. Cela fait Ă©galement l’objet d’une postface Ă  l’ouvrage de rĂ©fĂ©rence d’Éliane Viennot. À qui s’adresse l’écriture inclusive ?Depuis plusieurs annĂ©es, les Ă©quipes de Mots-ClĂ©s forment un grand nombre d’entreprises et de professionnelles des PME, des ETI et des grands groupes ;des mĂ©dias ;des institutions publiques, des villes, des dĂ©partements ou des rĂ©gions ;des ONG et des associations ;des maisons d’édition de manuels scolaires ;des Ă©coles d’enseignement supĂ©rieur et des universitĂ©s. Au sein de ces structures, les initiateurs et initiatrices d’un tel travail peuvent ĂȘtre divers. Il y a des Dircom, des responsables RSE, des chargĂ©es Ă©galitĂ© et mixitĂ©, ou encore directeurs et directrices de formation. Elles et ils ont dĂ©jĂ  eu recours Ă  nos ateliers et interventions “Nous avons dĂ©veloppĂ© avec Mots-ClĂ©s un rĂ©fĂ©rentiel adaptĂ© Ă  nos mĂ©tiers, pour promouvoir une communication sans stĂ©rĂ©otype de genre.” — Groupe 3F “Les Ă©quipes de Mots-ClĂ©s interviennent auprĂšs des Ă©quipes pĂ©dagogiques et administratives pour favoriser Ă  l’universitĂ© l’égalitĂ© femmes-hommes.” — UniversitĂ© Catholique de Louvain Et elles et ils en parlent ! Faites adopter cette pratique par votre entrepriseNous avons compilĂ© dans cette prĂ©sentation une dĂ©finition concrĂšte de cette pratique ;quelques exemples d’entreprises et de structures engagĂ©es ;une liste des impacts que vous pouvez en attendre ;un proposition de premiĂšres Ă©tapes Ă  mener pour avancer concrĂštement sur ce sujet dans votre pas Ă  utiliser ces quelques pages au sein de vos Ă©quipes pour informer et convaincre elles sont faites pour ça ! Vous pouvez Ă©galement nous contacter directement pour un Ă©change personnalisĂ©. Faites bouger les choses dans votre organisation Le titre donnĂ© aux quelques rĂ©flexions qui suivent porte une double empreinte. La premiĂšre partie rend explicitement hommage Ă  Jean Starobinski dans un cĂ©lĂšbre essai oĂč il analyse magistralement la pensĂ©e de Rousseau comme une vaste thĂ©rapeutique littĂ©raire destinĂ©e Ă  soigner tous ces maux inguĂ©rissables mal de la civilisation, mal social, mal de l’ñme, mal de l’amour, mal du corps, etc. qui se rĂ©pandent Ă  partir d’une blessure primordiale que le rĂ©cit des Confessions commĂ©more et exorcise, guĂ©rit et fait saigner dans un mĂȘme mouvement paradoxal. La seconde partie du titre est d’influence vaguement derridienne, mais elle renvoie surtout au PhĂšdre de Platon et Ă  l’indĂ©niable influence qu’exerce la pensĂ©e platonicienne sur le Moyen Âge occidental et bien dans ce fameux dialogue, tout comme dans la lecture post-moderne de Derrida, la pharmacie se noue directement au secret ou, plus exactement, Ă  une stratĂ©gie de la dissimulation. Rappelons l’ouverture de La pharmacie de Platon » Un texte n’est un texte que s’il cache au premier regard, au premier venu, la loi de sa composition et la rĂšgle de son jeu. Un texte reste d’ailleurs toujours imperceptible. La loi et la rĂšgle ne s’abritent pas dans l’inaccessible d’un secret, simplement, elles ne se livrent jamais, au prĂ©sent, Ă  rien qu’on puisse rigoureusement nommer une l’autre cĂŽtĂ© du miroir du temps, la scĂšne inaugurale de PhĂšdre place d’emblĂ©e, elle aussi, l’écriture sous le double signe du jeu et de la dĂ©viance
 Creusant le clivage entre mythos et logos, la conception platonicienne de l’écriture comme pharmacopĂ©e a durablement influencĂ© la pensĂ©e occidentale, demeurant particuliĂšrement prĂ©gnante au Moyen Âge, surtout Ă  partir du xiie siĂšcle, Ă  une Ă©poque oĂč la voix perd progressivement son lien Ă©pistĂ©mique Ă  la PrĂ©sence et Ă  la VĂ©ritĂ© au profit d’une conception du savoir et du pouvoir de plus en plus mĂ©diatisĂ©e par une dynamique scripturaire. Un bref parcours Ă  travers Les Miracles de la Sainte-Vierge Gautier de Coincy et Les Évangiles des quenouilles nous permettra de mieux saisir cette logique de la dualitĂ© intrinsĂšquement liĂ©e Ă  la logographie comme remĂšde et a clivagem entre mythos e logos, a conceção platĂłnica da escrita como farmacopeia teve uma influĂȘncia duradoura no pensamento ocidental, continuando particularmente pregnante na Idade MĂ©dia, especialmente a partir do sĂ©culo xii, numa altura em que a voz perdeu gradualmente a sua ligação epistĂ©mica Ă  Presença e Ă  Verdade testemunhada em prol de uma conceção do conhecimento e do poder cada vez mais assente no imaginĂĄrio e nas dinĂąmicas da escrita. Um breve percurso pelos Miracles de la Sainte-Vierge Gautier de Coincy e os Évangiles des quenouilles permitir-nos-ĂĄ compreender melhor esta lĂłgica de dualidade intrinsecamente ligada Ă  logografia enquanto remĂ©dio e the rift between mythos and logos, the platonic conception of writing as a pharmacopoeia has had a long-lasting influence on Western thought. It was particularly influential in the Middle Ages, especially from the 12th century on, when the epistemic link between voice and Presence and voice and Truth progressively disappeared to the advantage of a conception of knowledge and power which was increasingly mediated by the dynamics of writing. A brief look at The Miracles of Our Lady by Gautier de Coincy and The Distaff Gospels will help us understand this dual logic and its intrinsic link with logography as both remedy and poison. Le manteau de PhĂšdre ou la panacĂ©e de l’écritureLa poĂ©sie, remĂšde contre la mortUne pharmacopĂ©e au fĂ©minin Carlos F. Clamote CarretoCarlos F. Clamote Carreto est professeur de LittĂ©rature au DĂ©partement des Langues, Cultures et LittĂ©ratures Modernes de la FacultĂ© des Sciences Sociales et Humaines de l’Universidade Nova de Lisboa. Chercheur et vice-directeur scientifique de l’Institut d’Études de LittĂ©rature et Traditions, ses recherches se situent Ă  la croisĂ©e des Ă©tudes littĂ©raires thĂ©orie de la littĂ©rature, littĂ©rature française, littĂ©rature comparĂ©e, des Ă©tudes sur l’imaginaire et des Ă©tudes mĂ©diĂ©vales. Il est membre du comitĂ© scientifique et du comitĂ© de rĂ©daction de nombreuses revues interdisciplinaires dont Sigila, ses travaux portant essentiellement sur les rapports dynamiques entre transformations culturelles et idĂ©ologiques, pratiques scripturaires et imaginaires narratifs au Moyen Âge. Il vous reste Ă  lire 96 % de cet article. Le Petit Robert, un dictionnaire unique NĂ© en 1967, le Petit Robert s’est trĂšs tĂŽt imposĂ© comme le dictionnaire de rĂ©fĂ©rence de la langue française. Riche de plus de 100 000 mots et expressions finement dĂ©crits sous un angle avant tout linguistique Ă©tymologie, prononciation, registres de langue, analogies, citations littĂ©raires
, il est un outil prĂ©cieux pour comprendre le monde, mais aussi pour le dire ou l’écrire avec prĂ©cision. Dictionnaire moderne, inscrit dans son Ă©poque, il rend compte mieux que nul autre des Ă©volutions passionnantes d’une langue française rĂ©solument vivante. Parce que le Petit Robert est un observatoire, pas un conservatoire » selon la formule d’Alain Rey, il reflĂšte le français dans toute sa diversitĂ©, sans nĂ©gliger les mots des rĂ©gions et de la francophonie, les mots familiers et les anglicismes. Si annĂ©e aprĂšs annĂ©e, sa version imprimĂ©e fait toujours figure de bible de la langue française, sa version en ligne offre Ă  ses abonnĂ©s un contenu enrichi ainsi que des fonctionnalitĂ©s de consultation inĂ©galĂ©es pour explorer la langue prononciation audio, arbres de synonymes, recherche par langue d’origine ou par date d’apparition, recherche de rimes, d’anagrammes
 Sur papier comme sur tout type d’écran, le Petit Robert reste le dictionnaire prĂ©fĂ©rĂ© des crĂ©ateurs, des Ă©crivains, des journalistes, des Ă©tudiants, des enseignants, et plus gĂ©nĂ©ralement de tous les amoureux de la langue française. Comment les mots entrent-ils dans le Petit Robert ? Le repĂ©rage des mots et sens nouveaux Les Ă©quipes du Robert collectent les nouveaux mots, sens et locutions en se basant Ă  la fois sur les outils informatiques et sur leur expertise linguistique. D’un cĂŽtĂ©, les documentalistes effectuent des dĂ©tections semi-automatiques dans des corpus de textes variĂ©s, issus principalement des mĂ©dias, de la littĂ©rature et des rĂ©seaux sociaux. Mais documentalistes et lexicographes traquent Ă©galement les nĂ©ologismes de toutes sortes et en particulier les nĂ©ologismes de sens, plus difficiles Ă  repĂ©rer dans leurs lectures, les mĂ©dias, les conversations courantes
 Par ailleurs, les recherches des utilisateurs restĂ©es sans rĂ©ponse au sein de nos diffĂ©rents dictionnaires numĂ©riques ainsi que les requĂȘtes de dĂ©finitions les plus frĂ©quentes dans les moteurs de recherche fournissent de prĂ©cieuses donnĂ©es aux lexicographes. Un mot trĂšs recherchĂ© rĂ©vĂšle un besoin des locuteurs et nĂ©cessite donc d’ĂȘtre soumis Ă  un examen rigoureux. Tous ces mots et sens nouveaux sont engrangĂ©s dans une grande base de donnĂ©es puis rĂ©guliĂšrement analysĂ©s, discutĂ©s et sĂ©lectionnĂ©s selon diffĂ©rents critĂšres au cours de comitĂ©s Ă©ditoriaux. Les critĂšres de sĂ©lection La langue française est vivante et en constante Ă©volution. Des milliers de mots et sens nouveaux Ă©mergent chaque annĂ©e, mais tous ces nĂ©ologismes n’ont pas vocation Ă  figurer dans le Petit Robert. Nos choix sont guidĂ©s par trois critĂšres principaux qui constituent autant d’indices de l’implantation d’un mot dans la langue. ‱ La frĂ©quence d’usage du mot Lorsqu’un mot devient frĂ©quent, la question de sa place dans le Petit Robert se pose naturellement. La frĂ©quence est Ă©valuĂ©e Ă  travers l’analyse statistique de vastes corpus de textes, Ă  l’aide de diffĂ©rents outils de mesure. ‱ La diffusion du mot C’est la possibilitĂ© de rencontrer le mot dans des types de discours variĂ©s la presse, la littĂ©rature, les rĂ©seaux sociaux... Un mot trĂšs frĂ©quent dans un cercle trop restreint ne trouvera pas forcĂ©ment sa place dans le Petit Robert, tandis qu’un mot qui se diffuse au moyen de plusieurs canaux pourra y figurer en dĂ©pit d’une frĂ©quence globale plus faible. ‱ La pĂ©rennitĂ© du mot Le Petit Robert retient des mots qui durent. Il est rare qu’un mot entre dans le Petit Robert moins d’un an aprĂšs son apparition, et c’est souvent bien plus long. Avant leur sĂ©lection, les mots font l’objet d’une observation attentive par les lexicographes, souvent durant plusieurs annĂ©es, afin de s’assurer de leur pĂ©rennitĂ©, ou bien de leur importance pour comprendre l’époque actuelle. FidĂšle Ă  la mission qu’il s’est toujours donnĂ©e, le Petit Robert s’efforce de proposer un service essentiel rendre compte de l’évolution d’une langue française riche et vivante et Ă©clairer le sens des mots qui disent le monde pour aider Ă  mieux le comprendre. GĂ©raldine Moinard, directrice de la rĂ©daction.

a travers les mots et entre les mots